Tuberculose : une étude marocaine révèle une forme qui imite le cancer du poumon

Une masse pulmonaire évoque souvent un cancer. Pourtant, chez certains patients, elle cache une toute autre maladie. Des pneumologues du CHU Hassan II de Fès montrent qu’une forme rare de tuberculose peut reproduire presque parfaitement les signes cliniques, radiologiques et endoscopiques d’un cancer du poumon.

Leurs travaux, menés sur dix années et publiés dans Indian Journal of Tuberculosis, rappellent que cette confusion diagnostique demeure une réalité dans les pays où la tuberculose circule encore activement.

La tuberculose pseudo-tumorale reste peu connue, y compris parmi les patients. Contrairement aux formes pulmonaires classiques, elle ne se manifeste pas par des images typiques de cavernes ou d’infiltrats diffus. Elle apparaît sous la forme d’une masse pulmonaire, parfois accompagnée d’adénopathies, avec un aspect très proche d’une tumeur maligne au scanner. Les chercheurs soulignent que cette ressemblance peut retarder le bon diagnostic et conduire à des explorations invasives avant que la tuberculose ne soit finalement identifiée.

L’équipe marocaine a analysé 59 cas diagnostiqués entre 2014 et 2024. L’âge médian des patients était de 59 ans et près des deux tiers étaient des hommes. La perte de poids concernait 78 % des malades, tandis que la dyspnée et la toux étaient respectivement observées chez 61 % et 57,6 % des patients. Des symptômes également fréquents dans le cancer bronchique, ce qui complique encore davantage le diagnostic initial.

Le scanner ne suffit pas toujours

L’imagerie constitue souvent le premier élément d’orientation. Pourtant, les auteurs montrent qu’elle possède ses limites. Dans cette série, près des deux tiers des lésions siégeaient au niveau des lobes supérieurs. Des nodules satellites étaient présents chez 69 % des patients et des adénopathies médiastinales dans près d’un tiers des cas. Autant d’images susceptibles d’évoquer une tumeur pulmonaire, surtout chez un patient fumeur ou présentant des facteurs de risque de cancer.

Les chercheurs rappellent qu’aucune caractéristique radiologique ne permet, à elle seule, d’écarter ou de confirmer une tuberculose pseudo-tumorale. Même la tomographie par émission de positons (TEP-Scan) peut induire en erreur, car les lésions tuberculeuses fixent parfois le traceur avec une intensité comparable à celle d’un cancer. C’est pourquoi l’interprétation des images doit toujours être complétée par des analyses microbiologiques et histologiques.

Biopsies et analyses microbiologiques restent indispensables

L’étude montre que la confirmation du diagnostic repose sur une approche combinant plusieurs examens. La bronchoscopie a été réalisée chez près de 80 % des patients. Elle révélait tantôt une lésion d’apparence tumorale, tantôt un simple rétrécissement bronchique, voire un aspect totalement normal. Au final, la confirmation microbiologique n’a été obtenue que chez 49,1 % des patients. Chez d’autres, seule l’analyse anatomopathologique ou l’évolution favorable sous traitement antituberculeux a permis de conclure.

Cette stratégie multidisciplinaire apparaît essentielle dans les régions où la tuberculose demeure fréquente. Les auteurs recommandent d’éviter toute décision chirurgicale lourde tant que l’hypothèse d’une tuberculose n’a pas été raisonnablement exclue. En cas de doute persistant, ils préconisent de répéter les prélèvements plutôt que de conclure prématurément à un cancer.

Le Maroc reste fortement impacté

Si cette forme représente une minorité des tuberculoses pulmonaires, ses conséquences peuvent être importantes. Les chercheurs rappellent que le Maroc enregistre environ 35.000 nouveaux cas de tuberculose chaque année. Dans le même temps, le cancer du poumon reste l’un des cancers les plus fréquents chez les hommes marocains. Cette double réalité explique pourquoi chaque masse pulmonaire nécessite une évaluation particulièrement rigoureuse.

Les résultats de cette étude montrent également que la maladie répond généralement bien au traitement lorsqu’elle est identifiée à temps. Parmi les patients ayant bénéficié d’un suivi radiologique, près de neuf sur dix présentaient une régression ou une disparition des lésions après le traitement antituberculeux.

Les auteurs concluent ainsi que la tuberculose doit rester une hypothèse diagnostique systématique devant toute masse pulmonaire dans un pays d’endémie, afin d’éviter à la fois des traitements inadaptés et un retard de prise en charge.

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