Santé, dépendance, maladies chroniques : le défi du vieillissement au Maroc

Le Maroc comptera près de 11 millions de personnes âgées de 60 ans et plus en 2060, selon les nouvelles projections du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Cette évolution démographique annonce une profonde transformation des besoins de santé, avec une augmentation attendue des maladies chroniques, de la dépendance et de la demande en soins de longue durée.

Le Maroc ne sera pas seulement plus peuplé dans les prochaines décennies. Il sera aussi sensiblement plus âgé. C’est l’un des principaux enseignements des projections démographiques publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). En 2024, le Royaume comptait environ 5 millions de personnes âgées de 60 ans et plus. Elles devraient être près de 10,9 millions en 2060 et représenter un habitant sur quatre. Cette évolution modifiera durablement le profil sanitaire du pays et la manière d’organiser les soins.

Le vieillissement de la population s’accompagne presque toujours d’une progression des maladies chroniques. Cancers, diabète, maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale, troubles neurodégénératifs ou perte d’autonomie deviennent plus fréquents avec l’âge. Les établissements de santé devront répondre à des besoins différents, marqués par des suivis plus longs, des prises en charge multidisciplinaires et une augmentation du nombre de patients vivant avec plusieurs pathologies. Cette évolution intervient alors que l’espérance de vie devrait atteindre 81,7 ans en 2060, contre 76,6 ans aujourd’hui.

Le défi ne se limitera pas aux hôpitaux

Cette transformation ne concernera pas uniquement les structures hospitalières. Les soins de proximité, la médecine de famille, la rééducation, les soins à domicile et l’accompagnement de la dépendance prendront une place grandissante dans le parcours des patients. Le HCP souligne d’ailleurs que le vieillissement exercera une pression croissante sur les dispositifs de protection sociale, les systèmes de retraite et les solidarités familiales, qui restent aujourd’hui un pilier de la prise en charge des personnes âgées.

Les projections montrent également un pays de plus en plus urbain. À l’horizon 2060, plus de 32 millions de Marocains vivront en ville, contre un peu plus de 10 millions dans les zones rurales. Cette redistribution de la population imposera une adaptation de l’offre de soins. Les grandes agglomérations devront absorber une demande croissante, tandis que plusieurs territoires ruraux devront maintenir un accès aux soins malgré une population moins nombreuse, mais plus âgée.

Le temps de l’anticipation a déjà commencé

La baisse de la fécondité participe elle aussi à cette transformation. Avec 1,97 enfant par femme en 2024, le Maroc se situe désormais sous le seuil de renouvellement des générations. À long terme, cette évolution modifiera l’équilibre entre actifs et retraités et influencera directement les besoins de financement du système de santé et de la protection sociale.

Au-delà des projections démographiques, le rapport du HCP invite surtout à réfléchir à l’organisation des soins dans les décennies à venir. Former davantage de gériatres, développer les soins de longue durée, renforcer la prévention des maladies chroniques et adapter les infrastructures aux besoins d’une population plus âgée ne relèvent plus d’une réflexion prospective. Les changements démographiques sont déjà engagés et leurs effets se feront sentir bien avant 2060.

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