Infections urinaires : le Maroc face à la progression de bactéries résistantes aux antibiotiques

Les bactéries responsables des infections urinaires deviennent de plus en plus résistantes aux antibiotiques en Afrique. Une vaste étude menée dans six pays, dont le Maroc, met en évidence une dégradation continue de l’efficacité de plusieurs traitements et appelle à renforcer les stratégies de surveillance et de bon usage des antibiotiques.

Publiée dans JAMA Network Open, l’étude repose sur l’analyse de 44.367 prélèvements urinaires réalisés entre 2008 et 2023 au Bénin, au Cameroun, en République centrafricaine, à Madagascar, au Maroc et au Sénégal. Les chercheurs ont étudié deux bactéries particulièrement impliquées dans les infections urinaires : Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae. Leur objectif était de mesurer l’évolution de la résistance aux principales familles d’antibiotiques utilisées en pratique clinique.

Les résultats montrent que plusieurs traitements de première intention deviennent de moins en moins efficaces. La résistance à l’amoxicilline dépasse 85 % pour Escherichia coli dans tous les pays étudiés. Pour l’association amoxicilline-acide clavulanique, les taux dépassent 50 % pour les deux bactéries dans presque tous les pays, à l’exception de Madagascar et du Cameroun. Les fluoroquinolones affichent également des niveaux de résistance supérieurs à 40 %.

Le Maroc se distingue sur une famille d’antibiotiques

L’étude relève néanmoins une différence concernant les céphalosporines de troisième et de quatrième génération. Dans la plupart des pays, les taux de résistance dépassent 45 %. Le Maroc fait figure d’exception, aux côtés de peu d’autres pays de l’analyse, avec des niveaux plus faibles pour cette famille d’antibiotiques. Les auteurs rappellent toutefois que cette situation ne doit pas conduire à relâcher les efforts de surveillance.

Les carbapénèmes, utilisés lorsque les autres traitements échouent, conservent pour l’instant une bonne efficacité. Les taux de résistance restent inférieurs à 18 % pour les deux bactéries étudiées. Les chercheurs estiment toutefois que cette situation pourrait évoluer rapidement. Leurs modèles prévoient qu’en l’absence de mesures supplémentaires, la résistance aux carbapénèmes et aux céphalosporines de troisième génération pourrait dépasser 90 % dans les six pays d’ici 2050.

Pour les auteurs, ces résultats illustrent la nécessité de mieux suivre l’évolution de l’antibiorésistance sur le continent africain. Ils plaident pour une surveillance microbiologique plus homogène, des programmes renforcés de bon usage des antibiotiques, une meilleure prévention des infections et des investissements supplémentaires dans les systèmes de santé. Selon eux, ces actions sont indispensables pour préserver l’efficacité des traitements disponibles et limiter la diffusion des bactéries multirésistantes.

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