Ramadan et manque de sommeil : le Dr Harifi explique les effets sur le cerveau

Le mois de Ramadan modifie profondément les habitudes quotidiennes. Horaires des repas décalés, nuits plus courtes et réveils précoces pour le shoor bouleversent souvent le rythme biologique. Beaucoup de personnes signalent fatigue, irritabilité ou difficultés de concentration.

Ces symptômes ne proviennent pas uniquement du jeûne. Ils sont surtout liés à la perturbation du cycle veille-sommeil. Dans un entretien accordé à Santé Mag, le Dr Hala Harifi, docteur en physiologie, toxicologie et santé, explique les mécanismes cérébraux impliqués et leurs conséquences sur l’organisme.

Un rythme veille-sommeil souvent désynchronisé

Pendant Ramadan, les habitudes nocturnes changent fortement. Le coucher est souvent retardé après l’ftoor ou les activités nocturnes. Le réveil intervient plus tôt pour le shoor.

Selon le Dr Harifi, cette organisation fragmente le sommeil. « Pendant le mois de Ramadan, le rythme veille-sommeil est profondément modifié en raison des changements d’horaires des repas et des habitudes de vie. Le coucher est souvent retardé à cause du repas de rupture du jeûne et des activités nocturnes, tandis que le réveil précoce pour le shoor fragmente le sommeil », indique-t-elle.

Cette modification perturbe le rythme circadien. Cette horloge biologique interne régule l’alternance entre veille et sommeil sur environ vingt-quatre heures.

« Lorsque ce rythme est désynchronisé, la qualité du sommeil diminue, ce qui peut entraîner une sensation de fatigue, une somnolence diurne et une baisse de la vigilance », explique le Dr Harifi.

Mélatonine et cortisol perturbés

Le rythme circadien dépend de plusieurs facteurs. La lumière joue un rôle central. Les horaires des repas et du sommeil influencent aussi son fonctionnement.

Durant le Ramadan, ces repères biologiques changent. Les cycles hormonaux peuvent alors se modifier. « Cette désynchronisation peut modifier la sécrétion de la mélatonine, l’hormone du sommeil, et du cortisol, l’hormone de l’éveil. Lorsque ces hormones ne suivent plus leur rythme habituel, la qualité du sommeil diminue », avance le Dr Harifi. L’organisme peut alors ressentir une fatigue persistante. Ce phénomène survient même après plusieurs heures de repos.

Le cerveau particulièrement sensible au manque de sommeil

Le sommeil joue un rôle central dans le fonctionnement du système nerveux. Pendant la nuit, le cerveau récupère et régule l’activité des neurotransmetteurs. Il consolide également les informations acquises pendant la journée.

Le Dr Harifi indique que : « Lorsque le temps de sommeil est insuffisant ou fragmenté, l’activité cérébrale devient moins efficace, en particulier au niveau du cortex préfrontal ».

Cette région du cerveau intervient dans plusieurs fonctions essentielles. Elle participe à l’attention, à la prise de décision et au contrôle des émotions.

Le manque de sommeil augmente aussi certaines hormones du stress. Il entraîne également une augmentation du cortisol et une diminution de la production de mélatonine, ce qui accentue la fatigue mentale et la difficulté de concentration.

Mémoire et concentration peuvent être affectées

La privation de sommeil influence directement les capacités cognitives. Plusieurs études montrent qu’un sommeil insuffisant réduit la vigilance et ralentit le temps de réaction.

« Le sommeil est indispensable à la consolidation de la mémoire, c’est-à-dire au processus par lequel le cerveau stabilise les informations apprises », explique notre interlocutrice, tout en rajoutant que lorsque le sommeil diminue, l’attention baisse. Les performances intellectuelles peuvent aussi être réduites.

Pendant Ramadan, ces effets peuvent se renforcer. La fatigue et la modification du rythme alimentaire jouent également un rôle. La baisse de la glycémie en fin de journée peut aussi expliquer les difficultés de concentration ou la sensation de fatigue mentale.

Une irritabilité plus fréquente en fin de journée

Le manque de sommeil influence aussi l’équilibre émotionnel. Certaines zones du cerveau deviennent plus réactives face au stress.

« Lorsque le temps de sommeil diminue, l’activité des régions impliquées dans le contrôle des émotions devient moins efficace, tandis que les structures liées au stress deviennent plus réactives », explique le Dr Harifi.

Cette situation peut favoriser l’irritabilité et la nervosité. La fatigue et la baisse de glycémie en fin de journée accentuent souvent ce phénomène. Chez certaines personnes, cette combinaison provoque de l’anxiété ou de l’épuisement mental.

Dormir moins pendant plusieurs semaines peut affecter la vigilance et les performances cognitives. Toutefois, ces effets restent généralement temporaires chez les personnes en bonne santé.

« Chez la plupart des personnes, ces effets restent réversibles si le sommeil est récupéré après le Ramadan », indique le Dr Harifi, en expliquant que le risque apparaît surtout lorsque la privation de sommeil devient importante ou s’ajoute à un stress élevé.

Comment préserver son sommeil pendant Ramadan

Maintenir un rythme régulier reste essentiel pour protéger le système nerveux. Les spécialistes recommandent d’éviter de retarder excessivement l’heure du coucher.

Limiter les écrans avant de dormir peut aussi améliorer l’endormissement. Une alimentation trop lourde le soir peut perturber le sommeil.

Selon le Dr Harifi, une courte sieste peut également aider lorsque le sommeil nocturne est insuffisant. « Une bonne organisation du sommeil pendant le Ramadan permet de limiter la fatigue, de protéger le système nerveux et de maintenir de bonnes capacités de concentration », indique-t-elle.

Mieux comprendre ces mécanismes aide à adapter ses habitudes. Un sommeil mieux structuré permet de traverser Ramadan avec plus d’énergie et un cerveau plus performant.

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