Huile d’argan : une étude scientifique révèle le microbiome du fruit et l’influence du sol

Une équipe de chercheurs marocains vient de lever le voile sur un univers invisible associé à l’arganier. Une étude scientifique analyse pour la première fois les micro-organismes présents dans le fruit d’argan et leur lien avec l’environnement.

Intitulée « Argan fruit microbiomes: influence of biogeographic and soil driven environmental factors », la recherche a été menée par Fatima Zahra Aliyat et Jamal Ibijbijen de l’Université Moulay Ismail de Meknès, Mohamed El Mderssa de l’Université Sultan Moulay Slimane et Mohamed Hijri de l’Université de Montréal.

L’arganier (Argania spinosa) est une espèce endémique du Maroc. Il soutient l’économie rurale et contribue à protéger les sols contre la désertification. Malgré cette importance, les micro-organismes associés à ses fruits restaient peu étudiés.

Les chercheurs décrivent le fruit d’argan comme un véritable écosystème microscopique. Il abrite différentes bactéries, levures et champignons qui interagissent avec la plante. Ces communautés microbiennes peuvent jouer un rôle dans les processus biologiques liés au développement du fruit.

Deux groupes microbiens dominants

Les scientifiques ont analysé des fruits provenant de 36 arganiers répartis dans plusieurs régions du pays. Les prélèvements ont été réalisés notamment à Agadir, Essaouira, Arganat dans la région d’Ouad Grou, ainsi que dans la province de Berkane. Ces zones couvrent près de 1.000 kilomètres et présentent des conditions environnementales très différentes.

Les chercheurs ont utilisé des techniques de séquençage génétique à haut débit afin d’identifier les bactéries et champignons présents dans les fruits. L’analyse révèle la forte présence de certains micro-organismes. Chez les bactéries, le genre « Pantoea » domine largement plusieurs échantillons. Il représente parfois près de 89 % des bactéries identifiées. Du côté des champignons, la levure « Hanseniaspora » apparaît également très fréquente. Sa présence peut dépasser 80 % des organismes détectés.

Ces micro-organismes se retrouvent dans plusieurs régions. Les chercheurs parlent de taxons centraux, présents de manière stable dans le microbiome du fruit.

Des perspectives pour l’argan et l’environnement

L’étude met en évidence l’influence des caractéristiques du sol sur ces communautés microbiennes. Les chercheurs ont analysé plusieurs paramètres environnementaux. Parmi eux figurent le pH du sol, la teneur en argile, la conductivité électrique et les nitrates. Les résultats montrent que certaines bactéries apparaissent plus souvent dans les sols riches en argile. D’autres microbes sont liés à des sols plus alcalins.

Ces observations indiquent que le microbiome du fruit reflète les conditions écologiques locales. Les scientifiques estiment que ces microbes pourraient influencer certains aspects du développement du fruit.

Dans d’autres systèmes fruitiers, les micro-organismes participent à la formation de composés aromatiques ou biochimiques. Les communautés microbiennes pourraient aussi servir d’indicateurs biologiques de la qualité des sols.

Ces travaux ouvrent de nouvelles pistes pour mieux comprendre les interactions entre l’arganier et son environnement. Cette approche pourrait contribuer à la préservation durable de l’arganeraie, un écosystème clé dans les régions semi-arides du Maroc.

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