Prix des médicaments : les pharmaciens prévoient un sit-in national à Rabat le 9 septembre

Un vent de contestation souffle sur les pharmacies du Royaume. Depuis le 18 août, les officines arborent des brassards noirs, un geste symbolique en prélude à un sit-in national prévu le 9 septembre à Rabat, poussé par la question du prix des médicaments.

À l’origine de cette mobilisation : un dialogue jugé inexistant avec le ministère de la Santé et de la Protection sociale (MSPS) et une série de réformes élaborées, selon les syndicats, sans concertation ni écoute des professionnels.

La Confédération des Syndicats des Pharmaciens du Maroc (CSPM), fer de lance de cette contestation, tire la sonnette d’alarme sur ce qu’elle considère comme une crise profonde dans le secteur pharmaceutique. Elle accuse les autorités de marginaliser la profession dans les décisions majeures, mettant en péril non seulement la viabilité des officines, mais aussi la sécurité des patients.

Prix des médicaments : une réforme sans boussole

Le projet de décret encadrant les prix des médicaments est au cœur des tensions. Prévu pour être présenté au Conseil de gouvernement, ce texte a, selon la CSPM, été préparé sans réelle concertation avec les représentants de la profession. Le problème ne serait pas tant l’intention de réforme, mais plutôt l’opacité du processus décisionnel.

Une source proche du dossier, interrogée par Santé Mag, évoque l’absence d’un cadre tarifaire transparent : « Il n’existe aujourd’hui aucun référentiel unifié permettant d’expliquer les différences de prix. Entre le tarif appliqué à l’hôpital et celui payé par le citoyen à la pharmacie, les écarts sont parfois difficilement justifiables. À cela s’ajoutent les marges, les coûts d’importation et la fiscalité. »

Le résultat : des prix parfois supérieurs à ceux constatés dans des pays comparables, comme la Tunisie, l’Algérie ou encore certains États européens, alors même que le pouvoir d’achat des ménages marocains reste limité.

Mais le malaise dépasse la seule question tarifaire. Les pharmaciens dénoncent également l’immobilisme autour de la mise en œuvre de la réforme de l’Ordre national des pharmaciens. Adoptée en juin 2023, cette réforme attend toujours ses décrets d’application. Sans eux, aucune élection ne peut avoir lieu, laissant l’Ordre actuel – élu il y a plus de dix ans – gérer les affaires courantes sans légitimité démocratique.

Cette situation de vide institutionnel empêche toute modernisation de la gouvernance, entrave la mise en place d’un système disciplinaire équitable, et renforce le sentiment de désengagement de l’État vis-à-vis de la profession.

Vente parallèle et pénuries : un double fléau

Autre sujet de crispation : l’absence de révision du Dahir de 1922 régissant les substances vénéneuses. En l’état, les pharmaciens restent juridiquement responsables en cas de prescription falsifiée, notamment pour les psychotropes. Plusieurs professionnels ont déjà été poursuivis, certains écopant même de peines d’emprisonnement. Des cas qui, selon la CSPM, révèlent une injustice criante et une fragilité juridique intolérable pour une profession réglementée.

La montée en puissance de la vente parallèle de médicaments – notamment via les réseaux sociaux, certaines cliniques ou circuits informels – inquiète la profession. Cette pratique échappe à tout contrôle sanitaire, expose les patients à des contrefaçons, et mine le monopole légal dont bénéficient les officines. La CSPM y voit une menace directe pour la santé publique et appelle à un renforcement des contrôles.

En parallèle, les pharmaciens dénoncent l’absence de droit de substitution, un outil pourtant adopté dans plusieurs pays pour faire face aux pénuries. Cette mesure permettrait aux pharmaciens de délivrer un médicament équivalent en cas d’indisponibilité du produit prescrit, sans avoir à repasser par le médecin. En juin dernier, la Fédération marocaine des droits du consommateur alertait sur la rupture de plus de 600 médicaments essentiels, notamment dans le traitement du diabète, des pathologies cardiaques ou de certains cancers.

Une mobilisation qui pourrait s’installer dans la durée

Face à l’inertie des pouvoirs publics, la CSPM prévient : le sit-in prévu le 9 septembre n’est qu’une première étape. Si le gouvernement ne réagit pas rapidement, la mobilisation pourrait s’intensifier dans les semaines à venir. La Confédération affirme vouloir éviter l’escalade, mais n’exclut pas d’autres formes de protestation si les revendications restent lettre morte.

Dans un contexte où le système de santé marocain fait face à de nombreux défis, cette crise ouverte avec les pharmaciens vient rappeler que la réforme du secteur ne peut se faire sans les acteurs de terrain. La balle est désormais dans le camp du ministère.

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