À l’occasion de la Journée mondiale de la maladie de Parkinson, célébrée le 11 avril, la question de la prise en charge de cette pathologie neurodégénérative revient au premier plan. Au-delà des traitements médicamenteux, la rééducation s’impose aujourd’hui comme un pilier central pour ralentir la progression du handicap et préserver l’autonomie.
Au Maroc, la maladie de Parkinson concernerait entre 45.000 et 50.000 personnes. Près de 4.000 nouveaux cas sont recensés chaque année. Deuxième maladie neurodégénérative après Alzheimer, elle touche principalement les sujets âgés, avec une prévalence estimée entre 1 % et 2 % chez les plus de 60 ans.
Dans un pays où la population vieillissante dépasse désormais les 4 millions d’habitants, cette dynamique démographique alimente une progression régulière du nombre de patients. Toutefois, ces chiffres restent sous-estimés.
L’absence de registre national et le sous-diagnostic retardent souvent l’identification de la maladie. De nombreux patients consultent à un stade avancé, lorsque les symptômes moteurs sont déjà installés.
Une pathologie aux manifestations multiples
La maladie de Parkinson se caractérise par une dégénérescence progressive des neurones dopaminergiques. Elle se manifeste par des tremblements au repos, une rigidité musculaire et une lenteur des mouvements.
Mais, comme l’explique le Dr Hala Harifi, docteure en physiologie, toxicologie et santé, la maladie ne se limite pas aux troubles moteurs. Fatigue, troubles du sommeil, anxiété, dépression, constipation ou encore troubles cognitifs altèrent profondément la qualité de vie des patients.
À ces symptômes s’ajoutent des difficultés de parole et de déglutition, qui compliquent le quotidien et accélèrent la perte d’autonomie.
Une approche multidisciplinaire indispensable
Face à cette évolution progressive, la prise en charge ne peut reposer uniquement sur les médicaments. La rééducation occupe une place essentielle. Elle vise à maintenir la mobilité, limiter la rigidité musculaire et préserver les capacités fonctionnelles.
Selon le Dr Harifi, cette approche permet de lutter contre la diminution de l’activité physique, fréquente chez les patients, et d’améliorer l’équilibre. Elle contribue aussi à réduire le risque de chutes, un facteur majeur de perte d’autonomie.
La prise en charge repose sur plusieurs disciplines complémentaires. La kinésithérapie intervient sur la posture, la marche et la souplesse musculaire. L’ergothérapie aide à adapter les gestes du quotidien et à maintenir l’autonomie à domicile.
L’orthophonie joue un rôle clé dans la prise en charge des troubles de la parole et de la déglutition. En parallèle, l’activité physique adaptée (marche, étirements, renforcement musculaire ou exercices rythmiques, etc.) améliore la coordination et la mobilité.
Cette approche multidisciplinaire permet d’apporter une réponse globale et personnalisée aux besoins des patients.
L’importance d’une prise en charge précoce
La rééducation poursuit plusieurs objectifs. Elle vise à améliorer la posture, maintenir l’amplitude des mouvements et optimiser la marche. Elle permet également de renforcer l’équilibre et de prévenir les chutes.
Au-delà des aspects moteurs, elle agit aussi sur certains symptômes non moteurs, notamment la respiration, la fatigue et les troubles de la voix. L’enjeu est clair : maintenir le plus longtemps possible l’indépendance dans les activités de la vie quotidienne.
Pour le Dr Harifi, la rééducation doit être initiée dès l’annonce du diagnostic, même lorsque les symptômes restent discrets. Une intervention précoce permet d’anticiper les complications motrices et de ralentir l’installation du handicap.
Dans un contexte marocain marqué par un diagnostic souvent tardif, cet enjeu est majeur. Les spécialistes appellent à renforcer le dépistage et à améliorer l’accès à des parcours de soins intégrés, associant neurologues, rééducateurs et professionnels de santé.
La progression de la maladie de Parkinson au Maroc pose un défi croissant pour le système de santé. Le vieillissement de la population, combiné aux limites du diagnostic précoce, impose une adaptation des stratégies de prise en charge.
Dans cette perspective, la rééducation apparaît comme un levier essentiel pour freiner la perte d’autonomie et améliorer la qualité de vie des patients. Une approche que le Dr Harifi place au cœur d’une prise en charge moderne, précoce et multidisciplinaire.

