Journée mondiale des pharmaciens : Dr Nisrine Boudegga partage sa vision de la profession

Le 25 septembre marque la Journée mondiale des pharmaciens. Mais cette année, au Maroc, la date ne se résume pas à un hommage symbolique. Elle intervient dans un contexte de forte crispation entre la profession et le ministère de la Santé.

Dix jours après un sit-in national jugé historique, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc annonce une nouvelle phase de mobilisation. Au cœur des revendications, la revalorisation des revenus, la reconnaissance du droit de substitution, la réforme du circuit du médicament et la gouvernance de la profession.

Face à une tutelle jugée « sourde » aux engagements pris, les pharmaciens dénoncent un statu quo dangereux pour l’avenir du secteur.

Dans ce climat de mobilisation, les pharmaciens restent engagés sur le terrain, porteurs d’une vision renouvelée du métier. Dr Nisrine Boudegga, pharmacienne, nutritionniste et experte en dermopharmacie et micronutrition, partage son regard sur l’évolution de la profession, les défis actuels et les transformations à venir.

Santé Mag : Que représente pour vous cette Journée mondiale des pharmaciens en tant que pharmacienne marocaine ?

Dr Nisrine Boudegga : C’est une journée qui met en lumière le rôle du pharmacien, fort maillon de la chaîne santé. Pour moi, elle représente la reconnaissance d’un métier à la croisée de la science, de l’humain et du service à la communauté.

C’est aussi un moment de fierté d’appartenir à une profession qui accompagne les patients au quotidien, bien au-delà de la dispensation des médicaments.

Santé Mag : En 2025, quel regard portez-vous sur la place réelle du pharmacien dans le système de santé national ?
Dr Nisrine Boudegga : Le pharmacien est de plus en plus perçu comme un acteur de santé de proximité, accessible et disponible, mais il reste encore sous-exploité dans son potentiel. En 2025, je vois une profession en pleine évolution au Maroc : le pharmacien n’est plus seulement un dispensateur, il est aussi éducateur, conseiller en prévention, accompagnant dans le suivi thérapeutique et pivot dans la coordination des soins.

Notre métier va au-delà des murs de nos officines grâce à la digitalisation, aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, qui nous permettent d’aller à la rencontre des patients autrement et d’amplifier notre mission de santé publique.

Santé Mag : Quels sont, selon vous, les enjeux les plus urgents pour la profession aujourd’hui au Maroc ?

Dr Nisrine Boudegga : La pharmacie marocaine doit faire face à plusieurs défis majeurs. D’abord, une reconnaissance effective du rôle élargi du pharmacien, notamment dans la prévention, l’accompagnement des maladies chroniques ou encore la vaccination. Ensuite, la nécessité de renforcer la formation continue pour suivre l’évolution rapide des connaissances médicales.

L’intégration du pharmacien dans les campagnes de santé publique est également essentielle. Enfin, la digitalisation du secteur demande un accompagnement clair, pour que les officines puissent adapter leurs services sans perdre leur identité de proximité.

Santé Mag : À quoi devrait ressembler, selon vous, la pharmacie marocaine de demain ?

Dr Nisrine Boudegga : La pharmacie de demain doit être un véritable espace de santé intégrative : un lieu où le patient trouve à la fois le médicament, le conseil, la prévention, mais aussi un accompagnement personnalisé vers un mode de vie plus sain. Elle sera plus digitale, connectée au dossier médical du patient, mais gardera son âme humaine et son rôle de proximité.

J’imagine une pharmacie marocaine moderne, ouverte sur la micronutrition, la prévention, l’éducation thérapeutique et qui participe activement à soulager la pression sur les hôpitaux et les médecins. Et surtout, une prise en charge holistique, intégrative du patient.

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