Dr Hakim Bennani : « L’ambition d’Oncorad Group est de faire de Safi un pôle d’expertise en médecine nucléaire »

Encore peu connue du grand public, la médecine nucléaire occupe aujourd’hui une place centrale dans le diagnostic, le suivi et le traitement de nombreuses pathologies, notamment en cancérologie. Arrivé chez Oncorad Group en septembre 2025 pour diriger le premier service de médecine nucléaire de la région de Safi, le Dr Hakim Bennani explique comment cette discipline transforme progressivement la façon d’accompagner les patients, bien au-delà de la simple imagerie médicale.

Lorsque l’on évoque l’imagerie médicale, le scanner, l’IRM ou la radiographie viennent naturellement à l’esprit. La médecine nucléaire répond pourtant à une logique différente. Là où les techniques conventionnelles montrent principalement la structure des organes, elle s’intéresse avant tout à leur fonctionnement.

Cette discipline repose sur l’administration de très faibles quantités de produits radioactifs, appelés traceurs. Une fois injectés, ces derniers se fixent sur un organe ou un tissu spécifique. Une caméra spécialisée suit ensuite leur répartition afin d’obtenir une cartographie de leur activité.

Cette approche permet parfois d’identifier une anomalie avant même qu’elle ne soit visible sur une imagerie classique. Pour le Dr Hakim Bennani, c’est précisément cette capacité à explorer la biologie des organes qui fait l’intérêt de la médecine nucléaire. « Elle ne montre pas seulement la forme d’un organe. Elle révèle son activité, sa façon de fonctionner », explique-t-il.

Cette vision fonctionnelle est aujourd’hui un outil précieux pour orienter les décisions thérapeutiques, en particulier en cancérologie.

Bien plus qu’un examen complémentaire

La médecine nucléaire est souvent associée au PET-scan, mais son rôle dépasse largement la réalisation d’un examen d’imagerie.

En cancérologie, elle accompagne le patient tout au long de son parcours de soins. Elle peut contribuer au diagnostic initial, préciser l’étendue d’une maladie, mesurer l’efficacité d’un traitement ou encore rechercher une éventuelle récidive. Les informations obtenues permettent ainsi d’adapter les stratégies thérapeutiques au plus près de la réalité biologique de chaque patient.

Le spécialiste rappelle toutefois que cette discipline ne se limite pas aux cancers. Les maladies de la thyroïde, certaines pathologies cardiaques, rénales ou osseuses figurent également parmi les nombreuses indications de la médecine nucléaire. Dans chacune de ces situations, son objectif reste le même : fournir des informations que les autres examens ne peuvent pas toujours apporter.

Cette complémentarité explique pourquoi la médecine nucléaire travaille en étroite collaboration avec les oncologues, chirurgiens, endocrinologues, cardiologues ou encore médecins internistes.

Une médecine qui s’adapte à chaque patient

L’évolution des radiotraceurs a profondément transformé la discipline ces dernières années. Le PET-scan n’utilise plus un seul produit radioactif, mais plusieurs molécules capables de cibler différents tissus selon la maladie recherchée.

Le fluorodésoxyglucose (18F-FDG), largement utilisé en cancérologie, permet par exemple d’observer le métabolisme des cellules tumorales. D’autres traceurs, comme le 68Ga-PSMA, sont devenus des références dans l’exploration du cancer de la prostate, tandis que la 18F-Choline répond à certaines indications plus spécifiques.

Pour le Dr Bennani, cette diversification illustre l’évolution vers une médecine de plus en plus personnalisée. Chaque examen est désormais choisi en fonction de la situation clinique du patient, avec l’objectif d’obtenir l’information la plus pertinente pour guider la prise en charge.

Le plateau technique ne se limite pas au PET-scan. Les scintigraphies réalisées grâce à une gamma-caméra permettent également d’explorer le fonctionnement des os, de la thyroïde, des reins, du myocarde ou encore des glandes parathyroïdes. Elles interviennent aussi dans la recherche du ganglion sentinelle avant certaines chirurgies oncologiques.

Lorsque la médecine nucléaire devient aussi un traitement

L’une des grandes particularités de cette spécialité réside dans son double visage. Les mêmes principes utilisés pour visualiser une maladie peuvent également servir à la traiter.

Cette approche, appelée aujourd’hui théranostique, associe diagnostic et traitement autour d’une même cible biologique. Une fois la maladie identifiée, certains radio-isotopes peuvent être administrés afin de détruire sélectivement les cellules concernées tout en limitant les effets sur les tissus sains.

Le traitement par iode 131 constitue l’exemple le plus connu. Il est utilisé dans la prise en charge des cancers différenciés de la thyroïde, mais également de certaines hyperthyroïdies, comme la maladie de Basedow, le goitre multinodulaire toxique ou le nodule autonome.

Pour Dr Hakim Bennani, si le principe associant imagerie et traitement n’est pas nouveau — l’iode 131 est utilisé depuis plusieurs décennies —, la théranostique connaît aujourd’hui un nouvel essor avec l’arrivée de vecteurs comme le Lutétium-177 PSMA dans le cancer de la prostate.

À moyen terme, le développement de nouvelles approches théranostiques devrait encore élargir les possibilités offertes aux patients.

Une spécialité fondée sur le travail collectif

Si les équipements occupent souvent le devant de la scène, le fonctionnement d’un service de médecine nucléaire repose avant tout sur une organisation multidisciplinaire.

Médecins nucléaires, manipulateurs en électroradiologie, physiciens médicaux, infirmiers, personnels d’accueil et spécialistes de la radioprotection interviennent à chaque étape du parcours du patient.

La qualité d’un examen dépend autant de la rigueur des protocoles que de la coordination entre ces différents professionnels.

Cette collaboration se poursuit au-delà du service lui-même. Les résultats sont interprétés en lien avec les équipes médicales qui suivent les patients afin de construire une prise en charge globale.

Pour le Dr Bennani, la médecine nucléaire est la plus utile lorsqu’elle s’inscrit dans un parcours de soins coordonné, où chaque spécialiste apporte son expertise au bénéfice du patient.

Construire durablement la médecine nucléaire à Safi

En rejoignant Oncorad Group en septembre 2025 pour gérer le premier service de médecine nucléaire de la région de Safi, le Dr Hakim Bennani a participé à la mise en place d’une activité encore inédite dans le territoire.

Son ambition dépasse toutefois l’ouverture d’un nouveau service. La priorité est désormais de consolider cette offre afin de permettre aux habitants de Safi et des provinces voisines d’accéder durablement à des examens et à des traitements répondant aux mêmes standards que ceux proposés dans les principaux centres spécialisés du Royaume.

À plus long terme, le développement de nouveaux radiotraceurs, l’essor de la théranostique et la formation continue des équipes devraient accompagner l’évolution de cette discipline.

« Notre objectif est d’inscrire durablement la médecine nucléaire dans le parcours de soins de la région. Faire en sorte qu’un habitant de Safi bénéficie des mêmes standards que dans les grands centres, près de chez lui : c’est notre priorité », indique-t-il.

Ce développement illustre une évolution plus large de la médecine nucléaire, qui ne se limite plus à produire des images, mais participe désormais pleinement aux décisions thérapeutiques et, de plus en plus, aux traitements eux-mêmes.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner