Au Maroc, le cancer du sein reste l’un des enjeux majeurs de santé publique. Bien que les avancées médicales aient permis d’améliorer considérablement les traitements, le dépistage précoce reste insuffisant.
De nombreuses femmes consultent encore à des stades tardifs de la maladie, souvent par crainte du diagnostic ou en raison d’un accès limité aux structures de soins, notamment en dehors des grandes villes. Ce retard dans la prise en charge réduit les chances de guérison et alourdit le parcours thérapeutique.
Sur le terrain, les professionnels de santé alertent aussi sur un autre problème : le manque d’accompagnement global. Si la dimension médicale est de mieux en mieux maîtrisée, l’aspect humain, psychologique, social et émotionnel demeure marginalisé. Or, vivre un cancer ne se résume pas à recevoir un traitement : c’est un bouleversement profond qui affecte l’équilibre personnel, familial et professionnel des patientes. Intégrer ces dimensions au parcours de soins est aujourd’hui un besoin autant médical que social.
Le Dr Hajji, onco-radiothérapeute au sein du groupe Oncorad, fait partie de ces voix qui appellent à une transformation en profondeur de la prise en charge. À travers son expérience clinique et son engagement auprès des patientes, elle plaide pour une approche plus humaine du traitement du cancer du sein, où la prévention, l’écoute et le bien-être occupent une place centrale.
Elle revient, dans cet entretien avec Santé Mag, sur les défis actuels, les avancées médicales en radiothérapie, et le projet OncoVita, qu’elle a initié pour accompagner les femmes bien au-delà des soins techniques.
Santé Mag : Au Maroc, quels sont aujourd’hui les principaux défis dans la prise en charge du cancer du sein, notamment en matière de dépistage précoce ?
Dr Malak Rita Hajji : Le principal défi reste le diagnostic trop tardif. Beaucoup de femmes consultent encore à un stade avancé, faute d’information ou par crainte du résultat. Il y a aussi un manque d’accès équitable au dépistage, surtout dans les zones rurales, et une nécessité de mieux former les équipes de première ligne.
Aujourd’hui, nous devons faire évoluer la perception du dépistage : il ne doit plus être vécu comme une peur, mais comme un réflexe de prévention, un acte d’amour envers soi-même. Chez Littoral Clinic d’Oncorad Group, nous mettons beaucoup d’énergie à sensibiliser les femmes à l’importance d’une approche proactive, où la santé féminine devient une priorité et non une réaction.
Santé Mag : Comment évaluez-vous l’évolution des techniques en onco-radiothérapie et leur impact sur la qualité de vie des patientes ?
Dr Malak Rita Hajji : Les avancées en radiothérapie sont remarquables : nous sommes passés d’une approche standardisée à une médecine de plus en plus personnalisée et précise. Les nouvelles technologies permettent de cibler la tumeur avec une grande exactitude, en épargnant les tissus sains, ce qui réduit les effets secondaires et améliore nettement la qualité de vie des patientes.
Cette évolution s’accompagne d’une meilleure compréhension du vécu des femmes pendant et après les traitements.
Santé Mag : Au-delà du traitement médical, quels sont, selon vous, les besoins d’accompagnement psychologique et social les plus urgents pour les femmes atteintes de cancer du sein ?
Dr Malak Rita Hajji : La maladie bouleverse bien plus que le corps. Elle affecte la confiance, la féminité, les repères familiaux et sociaux. Les femmes ont besoin d’être écoutées, entourées et comprises. Elles ont besoin d’espaces où elles peuvent parler sans peur ni jugement.
C’est précisément la raison d’un centre d’oncologie intégrative : un lieu où l’on soigne mais où l’on accompagne aussi. Nous proposons des approches complémentaires comme la psychologie, la méditation, le yoga, la nutrition, la sonothérapie, et des groupes de parole, pour que chaque femme retrouve équilibre et sérénité. Le corps guérit mieux quand l’esprit se sent soutenu.
Santé Mag : Que recommanderiez-vous aux femmes marocaines pour renforcer la prévention et adopter les bons réflexes face au cancer du sein ?
Dr Malak Rita Hajji : Je leur dirais d’abord de s’écouter et d’agir sans attendre. Le dépistage, c’est une protection, pas une peur. Dès 40 ans, une mammographie tous les deux ans peut sauver des vies. Mais la prévention, c’est aussi un mode de vie : une alimentation équilibrée, l’activité physique, la gestion du stress, et la conscience de son corps.
Santé Mag : Vous avez évoqué la création d’un centre holistique dédié au bien-être et à l’accompagnement des femmes. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet et sur la manière dont il complètera l’offre de soins actuelle ?
Dr Malak Rita Hajji : OncoVita est né d’une conviction personnelle : il manquait au Maroc un lieu où la médecine, la bienveillance et la reconstruction se rencontrent. C’est un centre d’oncologie intégrative qui propose une prise en charge globale : un espace où les femmes bénéficient d’un accompagnement médical, mais aussi d’un cadre humain et apaisant.
L’architecture du lieu, la lumière, les couleurs, les ateliers et les soins complémentaires ont été pensés pour créer une atmosphère de sérénité.
OncoVita ne remplace pas les structures hospitalières existantes, il les complète. C’est un pont entre le soin et le mieux-être, entre la science et la douceur. Un lieu pour guérir, mais aussi pour se retrouver, reprendre confiance et réapprendre à vivre pleinement.

