Le Maroc amorce une transformation majeure de sa politique en matière de santé mentale. Devant les parlementaires, le ministre de la Santé et de la Protection Sociale, Amine Tehraoui, a détaillé les contours d’un plan national ambitieux qui s’étend jusqu’à l’horizon 2030.
L’objectif de cette réforme est de repenser en profondeur l’accès aux soins psychiatriques, renforcer les ressources humaines, adapter le cadre législatif et surtout, faire émerger une approche plus humaine, plus inclusive et plus territorialisée.
Le ministre a d’abord dressé un état des lieux sans détour : le Maroc ne compte à ce jour qu’un peu plus de 3.200 professionnels de la santé mentale, psychiatres, psychologues, infirmiers spécialisés, répartis entre les secteurs public et privé. Un chiffre qui reste largement insuffisant au regard des besoins croissants et de la pression observée sur les structures existantes.
Pour y répondre, le gouvernement a ouvert de nouveaux postes budgétaires pour les années 2024 et 2025. Des efforts sont aussi déployés pour renforcer les filières de formation, en partenariat avec les universités et les instituts spécialisés. L’objectif est de faire émerger une nouvelle génération de professionnels qualifiés, capables de répondre aux spécificités de la psychiatrie moderne, notamment en matière de prise en charge communautaire et d’accompagnement psychothérapeutique.
Des services intégrés au sein des hôpitaux généraux
Autre pilier de la réforme : la généralisation de services psychiatriques dans les hôpitaux de niveau 1 et 2. L’intégration de l’offre de soins en santé mentale au sein des structures hospitalières classiques vise à lever la barrière symbolique entre la psychiatrie et les autres disciplines médicales.
Ces services intégreront également des unités de consultation, de suivi ambulatoire, et d’accueil d’urgence. En complément, des équipes mobiles d’intervention seront déployées pour prendre en charge les situations aiguës, notamment les troubles psychotiques sévères, les tentatives de suicide ou les cas de décompensation chez des patients isolés.
Un cadre juridique en cours de modernisation
Le ministère de la Santé travaille en parallèle sur une révision du cadre juridique régissant la psychiatrie. L’enjeu est de mieux encadrer les conditions d’hospitalisation, de garantir les droits des patients, et d’adapter les pratiques thérapeutiques aux évolutions éthiques et scientifiques.
Le texte en préparation devrait notamment clarifier les protocoles d’admission sous contrainte, renforcer les dispositifs de consentement éclairé, et encadrer les pratiques controversées, telles que l’isolement ou les traitements médicamenteux à long terme. Il s’agira aussi de lutter contre les internements abusifs et de renforcer la supervision des établissements psychiatriques, publics comme privés.
La réinsertion, un chantier souvent négligé
La réforme ne s’arrête pas à la porte des hôpitaux. Un axe majeur du plan 2030 concerne la réinsertion sociale des personnes atteintes de troubles mentaux, un pan encore trop peu structuré aujourd’hui. Après des mois, voire des années de traitement, nombreux sont les patients qui peinent à retrouver une vie active, un logement, un emploi, ou simplement des liens sociaux stables.
Le ministère prévoit donc la création de centres de jour, d’ateliers thérapeutiques, et de partenariats avec les collectivités locales pour favoriser le retour à la vie sociale. L’accent sera également mis sur la lutte contre la stigmatisation, à travers des campagnes de sensibilisation et des programmes éducatifs dans les écoles, les entreprises et les médias.
Une nouvelle vision pour la santé mentale au Maroc
Pour Amine Tehraoui, cette réforme n’est pas qu’une simple mise à niveau technique ou budgétaire. Elle repose sur une conviction : celle que la santé mentale est un droit fondamental, au même titre que la santé physique. “Former davantage, soigner mieux, encadrer plus justement, et surtout, restaurer la place des personnes atteintes de troubles mentaux au sein de la société” : telle est la feuille de route portée par le ministère.
Ce tournant s’inscrit dans la vision royale de généralisation de la protection sociale et de modernisation du système de santé. En mettant la santé mentale au cœur des priorités, le Maroc ouvre la voie à une médecine plus inclusive, plus humaine, et mieux ancrée dans les besoins de ses citoyens. À l’horizon 2030, cette ambition pourrait redéfinir durablement le paysage sanitaire du Royaume.

