Système de santé : hôpitaux modernisés, gouvernance territoriale renforcée et recrutement ciblé

La transformation du système de santé marocain entre dans une phase d’accélération. Devant les députés, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a exposé les contours d’une stratégie ambitieuse, fondée sur trois piliers essentiels : le développement des infrastructures hospitalières, la mise en place d’une gouvernance territoriale intégrée, et le renforcement du capital humain.

L’un des axes majeurs de la réforme concerne le renforcement du maillage hospitalier. Entre 2023 et 2024, ce sont plus de 2.100 lits supplémentaires qui ont été déployés à travers le Royaume, traduisant une volonté claire de décongestionner les grands centres urbains et d’améliorer l’accès aux soins dans les régions.

Parmi les réalisations phares figurent le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Tanger, les hôpitaux régionaux de Kénitra et d’Al Hoceïma, ainsi que huit nouveaux hôpitaux de proximité, répartis stratégiquement sur le territoire. Ces établissements visent à rapprocher les soins des citoyens, notamment dans les zones rurales ou semi-urbaines souvent mal desservies.

La vision ne s’arrête pas là : à plus long terme, 78 projets d’hôpitaux sont en cours de planification. Cinq nouveaux CHU sont actuellement en construction, soutenus par une enveloppe budgétaire globale de plus de 22 milliards de dirhams. Cette somme couvre à la fois la construction de nouvelles structures et la modernisation du parc hospitalier existant.

Vers une gouvernance de santé ancrée dans les territoires

Deuxième pilier de la réforme : l’ancrage territorial de la gestion sanitaire. Le ministère entend déployer progressivement des Groupes de Santé Territoriaux (GST), une nouvelle structure administrative visant à mieux adapter l’offre de soins aux réalités locales.

Le premier modèle opérationnel de GST verra le jour dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Il reposera sur une gouvernance régionale renforcée, des outils de suivi numérique, des plateformes de gestion intégrées et des programmes médicaux calibrés selon les besoins spécifiques du territoire.

Cette approche décentralisée vise à rompre avec une gestion centralisée souvent jugée inefficace et déconnectée des réalités de terrain. Elle permettra aussi de mieux coordonner les actions entre hôpitaux, centres de santé, collectivités territoriales et acteurs privés.

Capital humain : formation, incitations et justice territoriale

La pénurie de professionnels de santé, notamment dans certaines régions, représente un frein majeur à l’équité sanitaire. Pour y remédier, le ministère a lancé une série de mesures destinées à revaloriser les métiers médicaux et à mieux répartir les effectifs.

Des recrutements ciblés ont été opérés dans les zones sous-dotées, avec des incitations financières adaptées au niveau de désertification médicale. En parallèle, de nouveaux instituts de formation ont vu le jour pour augmenter le nombre de diplômés dans les filières médicales et paramédicales.

Une réforme du statut des professionnels de santé est également en cours, avec pour objectif d’offrir de meilleures conditions d’exercice, des perspectives de carrière claires et une mobilité plus souple entre les régions.

Un engagement pour la justice sociale et la couverture universelle

Ces réformes s’inscrivent dans la dynamique plus large portée par le chantier royal de généralisation de la protection sociale. Le ministère affirme vouloir bâtir un système de santé capable de répondre aux exigences de qualité, d’accessibilité et de durabilité, en ligne avec les principes de justice sociale.

La réussite de cette transformation dépendra toutefois de la capacité à maintenir un rythme constant dans la mise en œuvre, à garantir une coordination intersectorielle efficace, et à associer les citoyens à l’évaluation continue des politiques publiques.

Le Maroc amorce une reconfiguration structurelle de son système de santé. À travers l’expansion des infrastructures, la territorialisation de la gouvernance et le renforcement des effectifs, c’est une nouvelle ère sanitaire qui se dessine, avec l’ambition de répondre aux besoins de tous, sans distinction de lieu ou de statut.

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