Le Centre Hospitalo-Universitaire Mohammed VI de Marrakech a réalisé avec succès une intervention chirurgicale utilisant une technique de repérage mammaire par fluorescence, à base d’un colorant appelé Indocyanine Green (ICG).
Une avancée majeure dans la prise en charge du cancer du sein, qui témoigne d’une volonté croissante d’intégrer des outils de pointe dans les pratiques médicales au Royaume.
L’opération, menée au sein de l’Hôpital Mère-Enfant, a permis de localiser avec une grande précision les ganglions sentinelles, ces premiers relais du système lymphatique susceptibles de contenir des cellules cancéreuses. Ce type de repérage s’appuie sur une technologie de fluorescence visible sous lumière infrarouge, qui permet une cartographie immédiate du réseau lymphatique pendant l’intervention.
Trois patientes ont pu bénéficier de cette approche, qui présente un intérêt double : elle améliore la précision du geste chirurgical et réduit les risques de complications post-opératoires. En évitant le curage axillaire systématique — une opération plus lourde, souvent à l’origine de douleurs chroniques et de gonflements —, les médecins ont pu limiter les séquelles tout en maintenant une efficacité thérapeutique.
Un travail d’équipe au cœur de l’innovation
Cette réussite est le fruit d’un travail de coordination entre les services de gynécologie, de radiologie et d’anatomopathologie du CHU de Marrakech. Ensemble, les équipes ont adapté une méthode utilisée à l’international, dans des centres de référence, pour l’intégrer dans le contexte marocain avec rigueur et prudence.
L’usage de l’ICG permet de visualiser en temps réel la diffusion du produit injecté, grâce à des caméras infrarouges spécifiques. Pour les chirurgiens, cela représente un changement de pratique important, avec la possibilité de guider leur geste en fonction des images projetées en direct. Un gain de précision, mais aussi de temps, qui peut faire la différence dans des cas complexes.
Un espoir pour les patientes marocaines
Le cancer du sein reste le premier cancer féminin au Maroc. Chaque année, des milliers de femmes sont diagnostiquées, parfois à un stade avancé, et doivent être prises en charge rapidement. Le recours à des techniques de plus en plus ciblées constitue un enjeu majeur pour améliorer les chances de guérison, tout en réduisant l’impact physique et psychologique des traitements.
L’expérience menée à Marrakech montre que l’innovation médicale n’est pas l’apanage des grandes métropoles étrangères. Elle peut aussi émerger dans les établissements publics marocains, dès lors que les moyens, la formation et la volonté sont réunis. L’objectif, selon les responsables du CHU, est désormais d’élargir l’accès à cette technique à d’autres établissements du Royaume.
Changer le regard sur la chirurgie du sein
Ce progrès ne se résume pas à un outil technologique. Il s’inscrit dans une évolution plus large de la prise en charge du cancer du sein : une approche plus douce, plus respectueuse du corps des patientes, et plus centrée sur la qualité de vie après le traitement. Moins d’invasivité, plus de personnalisation. C’est une transformation silencieuse, mais profonde, de la philosophie du soin.
En réduisant le recours systématique à des interventions lourdes, la fluorescence à l’ICG permet aussi de diminuer les effets secondaires qui compliquent souvent le retour à une vie normale. Une façon, pour les équipes médicales, de répondre à une attente croissante des patientes : être soignées sans être mutilées.
Une dynamique à poursuivre
Les premières interventions réalisées à Marrakech ne sont qu’un début. Le CHU Mohammed VI prévoit déjà de former d’autres équipes, avec l’ambition de créer un réseau de compétences capable de diffuser cette technique à l’échelle nationale.
L’idée n’est pas seulement d’importer une méthode, mais de l’adapter, de l’enseigner, et d’en faire un levier d’amélioration globale des soins oncologiques.
Dans un contexte où les besoins en matière de santé publique ne cessent de croître, cette initiative envoie un signal fort. Elle montre que, face au cancer, le Maroc peut faire le choix de l’innovation, de la précision, et surtout, de l’humanité.

