Avec l’arrivée de l’été, les écrans solaires retrouvent une place de choix dans les sacs de plage et les trousses de voyage. Pourtant, entre les indices SPF, les différentes textures et les nombreuses promesses affichées sur les emballages, il n’est pas toujours facile de choisir une protection réellement adaptée à sa peau.
Le sujet s’inscrit dans un contexte climatique de plus en plus marqué. En 2024, le Maroc a enregistré l’année la plus chaude depuis le début des relevés météorologiques, avec des températures ayant atteint 47,7 °C à Béni Mellal et 47,6 °C à Marrakech. Les épisodes de chaleur extrême s’accompagnent d’une exposition plus importante aux rayons ultraviolets.
Cette tendance se confirme durant l’été 2026. Dans plusieurs régions du Royaume, les températures devraient approcher les 48 °C, tandis que les indices UV demeurent élevés pendant une grande partie de la journée. Dans ces conditions, une protection solaire adaptée constitue l’un des principaux moyens de prévenir les effets des UV sur la peau.
Pourtant, le choix d’un écran solaire repose encore souvent sur des critères approximatifs. Beaucoup de consommateurs se fient uniquement à l’indice SPF, sans tenir compte de leur phototype, de leur type de peau ou de leurs conditions d’exposition.
À cette méconnaissance s’ajoutent plusieurs idées reçues qui continuent de circuler. Les peaux mates seraient naturellement protégées, un SPF 50 permettrait de rester toute la journée au soleil ou une seule application suffirait jusqu’au soir. Autant de croyances qui peuvent conduire à une protection insuffisante.
Afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre les critères qui déterminent l’efficacité d’un écran solaire et les bonnes pratiques à adopter durant l’été, Santé Mag a interrogé le Dr Imane Slaoui, médecin esthétique et micronutritionniste.
Santé Mag : Que représente concrètement l’indice SPF affiché sur les produits solaires ?
Dr Slaoui : Le SPF (Sun Protection Factor) indique le niveau de protection d’un produit contre les rayons UVB, responsables des coups de soleil. En théorie, un SPF 30 permettrait de rester environ 30 fois plus longtemps au soleil avant de développer un érythème qu’en l’absence de protection. Ainsi, si une peau commence habituellement à rougir après 10 minutes d’exposition, un SPF 30 offrirait, dans des conditions de laboratoire, une protection d’environ 300 minutes.
Toutefois, cette notion doit être interprétée avec beaucoup de prudence. En pratique, il est impossible de convertir l’indice SPF en un nombre précis d’heures de protection.
En effet, plusieurs facteurs réduisent considérablement l’efficacité réelle d’un écran solaire : les filtres UV se dégradent progressivement sous l’effet du soleil, la transpiration, les baignades et les frottements avec les vêtements éliminent une partie du produit, et la plupart des utilisateurs appliquent une quantité de crème bien inférieure à celle utilisée lors des tests en laboratoire. Enfin, l’intensité des rayons UV varie au cours de la journée, selon la saison, l’altitude et la localisation géographique.
C’est pourquoi les médecins recommandent de renouveler systématiquement l’application toutes les deux heures, ainsi qu’après chaque baignade, une transpiration importante ou un essuyage avec une serviette, quel que soit l’indice SPF utilisé.
À titre indicatif, un SPF 15 filtre environ 93 % des UVB, un SPF 30 environ 97 % et un SPF 50 près de 98 %. Si l’écart peut sembler modeste, il devient particulièrement important chez les personnes à peau claire, les enfants ou lors d’expositions prolongées.
Le choix d’un SPF élevé ne doit donc jamais être perçu comme une autorisation à s’exposer plus longtemps, mais comme un moyen de mieux protéger sa peau.
Santé Mag : Comment choisir une protection solaire adaptée à son phototype et à son type de peau ?
Dr Slaoui : Le choix dépend à la fois du phototype, de l’intensité de l’exposition et du type de peau.
Les peaux très claires, les enfants, les personnes ayant des antécédents de cancers cutanés ou présentant des taches pigmentaires devraient privilégier un SPF 50+, surtout en début d’exposition ou dans des régions fortement ensoleillées.
Les peaux plus mates bénéficient certes d’une protection naturelle plus importante grâce à une concentration plus élevée en mélanine, mais elles restent vulnérables aux dommages liés aux UV. Elles doivent donc, elles aussi, utiliser une protection adaptée.
La texture est tout aussi importante : une peau grasse appréciera davantage un fluide matifiant ou un gel, tandis qu’une peau sèche sera plus confortable avec une crème plus nourrissante. Le meilleur écran solaire reste celui que l’on applique généreusement et régulièrement.
Santé Mag : Les peaux mates et foncées ont-elles besoin du même niveau de protection que les peaux claires ?
Dr Slaoui : Oui, même si les besoins peuvent varier selon le contexte. Les peaux foncées développent moins facilement des coups de soleil grâce à leur richesse en mélanine, mais elles ne sont pas protégées contre les effets invisibles des UV.
Le photovieillissement, l’hyperpigmentation, certaines maladies pigmentaires et les cancers cutanés peuvent également toucher ces phototypes, parfois avec un diagnostic plus tardif.
Il est donc essentiel que toutes les carnations utilisent une protection solaire adaptée. La protection solaire ne vise pas uniquement à éviter les coups de soleil, mais également à préserver la qualité de la peau sur le long terme.
Santé Mag : Entre crème, fluide, gel, spray ou stick, quelles sont les différences et dans quels cas privilégier chaque format ?
Dr Slaoui : L’efficacité dépend principalement de la quantité correctement appliquée plutôt que de la texture elle-même.
Les crèmes sont particulièrement adaptées aux peaux normales à sèches, ainsi qu’au visage des personnes recherchant davantage de confort.
Les fluides, souvent plus légers, conviennent très bien aux peaux mixtes ou grasses.
Les gels sont appréciés des sportifs ou des personnes vivant dans des climats chauds et humides.
Les sticks sont très pratiques pour protéger les zones sensibles, comme les lèvres, le contour des yeux, le nez ou les cicatrices.
Quant aux sprays, ils offrent un côté pratique, mais doivent être appliqués généreusement, puis étalés afin de garantir une protection homogène. Une pulvérisation rapide ne suffit généralement pas.
Santé Mag : Quels ingrédients ou mentions faut-il rechercher – ou éviter – lors de l’achat d’un écran solaire ?
Dr Slaoui : Le premier critère est la présence d’une protection contre les UVA, clairement identifiée, en plus du SPF. Il est également préférable de choisir un produit résistant à l’eau en cas d’activités aquatiques ou sportives.
Pour les peaux sensibles, réactives ou sujettes aux allergies, on privilégiera des formules sans parfum et testées sous contrôle dermatologique.
Concernant les filtres solaires, qu’ils soient organiques ou minéraux, tous ceux autorisés sur le marché européen répondent à des critères stricts de sécurité. Le choix dépend donc davantage de la tolérance individuelle, de la texture recherchée et du confort d’utilisation que d’une supposée supériorité d’une catégorie sur l’autre.
Santé Mag : Malgré les campagnes de sensibilisation, quelles idées reçues sur la protection solaire persistent encore aujourd’hui ?
Dr Slaoui : L’idée reçue la plus fréquente est sans doute que l’écran solaire empêche de bronzer. En réalité, il permet de bronzer plus progressivement tout en réduisant les dommages cutanés.
Beaucoup pensent également qu’il est inutile d’appliquer une protection lorsqu’il fait nuageux. Pourtant, jusqu’à 80 % des rayons UV peuvent traverser les nuages.
Une autre croyance consiste à penser qu’une seule application le matin suffit pour toute la journée. Or, la transpiration, les baignades et les frottements diminuent progressivement l’efficacité du produit. Son renouvellement régulier est indispensable.
Enfin, certaines personnes considèrent que les peaux foncées n’ont pas besoin de protection solaire. Si elles présentent effectivement un risque moindre de coup de soleil, elles restent exposées au photovieillissement, aux troubles pigmentaires et aux effets délétères des UV sur la peau.

