Le Pr Nabil Ismaili, directeur du département d’oncologie médicale et de radiothérapie de l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé (UM6SS), vient de publier une revue systématique dans la revue internationale Cancer Investigation. Ce travail passe au crible les principales données scientifiques disponibles sur les biomarqueurs capables d’orienter les traitements adjuvants des cancers du côlon de stade II et III.
Pendant plusieurs décennies, les décisions thérapeutiques après une chirurgie du cancer du côlon reposaient essentiellement sur le stade de la maladie et les caractéristiques anatomopathologiques. En analysant 52 études sélectionnées parmi plus de 1.200 publications scientifiques, le Pr Ismaili montre que cette approche atteint aujourd’hui ses limites et que les biomarqueurs permettent désormais d’affiner beaucoup plus précisément le risque de récidive et le choix du traitement.
La revue identifie plusieurs biomarqueurs appelés à jouer un rôle central dans cette évolution. Le premier est le statut MMR, dont l’évaluation devrait devenir systématique. Les tumeurs présentant un déficit de réparation de l’ADN (dMMR/MSI-H), qui représentent environ 15 % des cancers du côlon de stade II et III, répondent particulièrement bien à l’immunothérapie. L’étude revient notamment sur les essais ATOMIC et NICHE-2, qui rapportent des améliorations importantes de la survie sans maladie et des taux élevés de réponse pathologique complète.
Le travail met également en lumière le potentiel de l’ADN tumoral circulant (ctDNA). Ce biomarqueur permet de détecter une maladie résiduelle invisible après l’intervention chirurgicale et d’adapter l’intensité de la chimiothérapie. Les résultats analysés suggèrent qu’une stratégie guidée par le ctDNA pourrait réduire d’environ 60 % le recours à l’oxaliplatine tout en maintenant des résultats proches des protocoles standards. Les auteurs estiment toutefois que plusieurs essais sont encore nécessaires avant une adoption généralisée.
Au-delà du ctDNA, la revue souligne l’intérêt d’associer plusieurs biomarqueurs, notamment le CEA, les mutations KRAS et BRAF, ainsi que les marqueurs de toxicité DPYD et UGT1A1, afin de personnaliser les traitements tout en limitant les effets indésirables. Les auteurs proposent un parcours décisionnel progressif intégrant ces différents tests, tout en rappelant que leur accessibilité, leur standardisation et leur validation dans des populations diverses restent des défis majeurs pour leur diffusion en pratique clinique.

