Vivre avec une stomie après un cancer colorectal : le combat de Fatima Krisni contre les tabous

Troisième cancer le plus fréquent au Maroc, le cancer colorectal touche chaque année plusieurs milliers de personnes. Pour certains patients, la prise en charge passe par une stomie, une intervention encore mal connue et souvent entourée de préjugés. Huit ans après son diagnostic, Fatima Krisni a accepté de raconter à Santé Mag son parcours et son engagement en faveur des personnes stomisées.

Le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus fréquents dans le Royaume. Selon les données du Global Cancer Observatory (GLOBOCAN), il se classe au troisième rang des cancers les plus diagnostiqués au Maroc, avec plus de 4.500 nouveaux cas recensés chaque année et plus de 2.300 décès. Les spécialistes observent également une augmentation progressive du nombre de cas, notamment chez les adultes de moins de 50 ans.

Cette maladie se développe au niveau du côlon ou du rectum. Lorsqu’elle est diagnostiquée précocement, les chances de guérison sont élevées. En revanche, un diagnostic tardif peut nécessiter des traitements lourds, associant chirurgie, chimiothérapie ou radiothérapie.

Quand la stomie devient nécessaire

Dans certaines situations, les chirurgiens doivent réaliser une stomie afin de permettre l’évacuation des selles lorsque le transit intestinal ne peut plus emprunter son trajet naturel.

Cette intervention consiste à créer une ouverture au niveau de l’abdomen reliée à une poche de recueil. Selon les cas, la stomie peut être temporaire ou définitive. Si elle répond à une nécessité médicale, elle entraîne souvent un bouleversement important dans la vie quotidienne des patients, tant sur le plan physique que psychologique.

Transformer l’épreuve en engagement

C’est sans tabou que Fatima Krisni a accepté de revenir sur son histoire. Il y a huit ans, un cancer colorectal l’a conduite à vivre avec une stomie.

« Au début, j’avais du mal à accepter cette stomie qui bouleversait mon corps et mon quotidien. Puis, avec le temps, j’ai compris qu’elle n’était pas une ennemie, mais celle qui m’avait permis de rester en vie », confie-t-elle.

Comme de nombreux patients confrontés à cette réalité, elle évoque la peur, l’incertitude et les difficultés liées à l’acceptation d’un changement aussi profond. Une étape souvent méconnue par l’entourage et rarement abordée dans l’espace public.

Au fil des années, Fatima Krisni a choisi de faire de son expérience une force. Elle s’est engagée au sein de l’association Dar Zhor afin d’accompagner les personnes stomisées, de les informer et de les soutenir dans leur parcours.

Son implication l’a également conduite à intégrer la première promotion marocaine de patients partenaires. À travers ce rôle, elle met aujourd’hui son vécu au service des patients, des professionnels de santé et des institutions afin de contribuer à une prise en charge plus humaine et davantage centrée sur les besoins réels des personnes concernées.

Briser le silence autour de la stomie

Pour Fatima Krisni, la stomie demeure un sujet trop souvent passé sous silence. Elle milite pour une meilleure reconnaissance des personnes stomisées, un accès équitable aux dispositifs médicaux et une meilleure compréhension de leur réalité quotidienne.

« Derrière chaque stomie, il y a une personne, une histoire, une famille, des rêves et une immense volonté de vivre », rappelle-t-elle.

À ses yeux, parler ouvertement de la stomie constitue l’un des meilleurs moyens de lutter contre les préjugés. Un message qui résonne particulièrement alors que des milliers de patients marocains vivent aujourd’hui avec ce dispositif, souvent dans la discrétion, parfois dans l’isolement.

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