Violences faites aux femmes : l’OMS pointe les défaillances des systèmes de santé

La violence faite aux femmes demeure l’un des défis sanitaires les plus persistants dans le monde. Le nouveau rapport publié par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ce 20 novembre, consacré au rôle du secteur de la santé dans la prise en charge des violences contre les femmes et les filles, confirme que les systèmes de santé restent mal préparés pour répondre à cette urgence.

L’étude couvre 53 pays de la Région européenne et offre des enseignements qui dépassent ce périmètre, constituant une base de réflexion utile pour les pays de la région MENA, dont le Maroc.

Selon l’OMS, près d’une femme sur trois est touchée par des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Cette réalité a des conséquences directes sur la santé mentale, reproductive et générale des survivantes.

Les professionnels observent fréquemment des épisodes dépressifs, des troubles anxieux, des complications obstétricales ou des infections sexuellement transmissibles. L’OMS rappelle que la prise en charge de ces violences doit être intégrée au cœur des politiques de santé publique, car leurs répercussions dépassent largement le cadre social.

Des politiques nationales encore incomplètes

Le rapport repose sur l’analyse de 241 politiques et protocoles nationaux. Malgré une volonté affichée dans plusieurs pays, de nombreuses lacunes persistent. Les protocoles hospitaliers manquent souvent d’harmonisation, la formation clinique reste limitée, et la coordination entre services demeure insuffisante.

Le recours au signalement obligatoire dans certains pays est également jugé problématique, car il peut dissuader les survivantes de consulter par crainte d’une exposition non souhaitée. L’absence d’indicateurs clairs pour évaluer la qualité des soins complique encore davantage l’amélioration des pratiques.

L’OMS rappelle que le système de santé constitue souvent le premier contact des survivantes. Pourtant, la confidentialité n’est pas toujours garantie, les soins d’urgence manquent parfois d’adaptation et les services ne travaillent pas toujours de manière coordonnée.

L’Organisation recommande de renforcer la formation du personnel, de développer des soins centrés sur les survivantes et de rendre obligatoires des protocoles cliniques dans les services d’urgence, d’obstétrique, de psychiatrie et de médecine générale. Cette approche permettrait de détecter plus tôt les violences et d’améliorer l’orientation vers des structures spécialisées.

Un miroir utile pour la situation marocaine

Au Maroc, la loi 103-13 a posé un cadre juridique important pour lutter contre les violences faites aux femmes, et plusieurs hôpitaux disposent désormais d’unités dédiées. Mais leur accessibilité varie selon les régions et leur fonctionnement reste inégal.

Les conclusions de l’OMS montrent que les pays qui avancent le plus sont ceux qui structurent durablement leurs dispositifs, avec des protocoles clairs, une meilleure coordination interservices et une formation continue des équipes. Cette analyse souligne la nécessité d’un renforcement supplémentaire pour garantir une prise en charge homogène sur tout le territoire.

Ce rapport international rappelle que la lutte contre les violences faites aux femmes dépasse les seuls aspects juridiques. Elle engage la qualité du système de santé, la sécurité des patientes et la capacité des structures sanitaires à offrir un accueil digne et confidentiel. Pour le Maroc, cette réflexion s’inscrit dans un contexte de réformes majeures et dans la volonté de renforcer la souveraineté sanitaire. Intégrer pleinement la prise en charge des violences dans les services hospitaliers, améliorer la formation du personnel et renforcer les protocoles cliniques représentent des leviers essentiels pour mieux protéger les femmes.

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