Le Maroc vieillit plus vite que prévu. Les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) confirment un basculement démographique durable, aux conséquences sanitaires majeures.
Selon l’étude « Les personnes âgées au Maroc, analyse issue du RGPH de 2024 », publiée par le HCP en ce mois de décembre, le pays compte désormais un peu plus de 5 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit 13,8 % de la population.
En vingt ans, cet effectif a plus que doublé. Il est passé de 2,37 millions en 2004 à 5,03 millions en 2024. La progression s’est accélérée sur la dernière décennie, avec une hausse de près de 59 % entre 2014 et 2024. Dans le même temps, la population totale a ralenti, accentuant le poids relatif des seniors.
Ce vieillissement s’explique par deux tendances lourdes. D’un côté, la fécondité a chuté à 1,97 enfant par femme, en dessous du seuil de renouvellement des générations. De l’autre, l’espérance de vie atteint désormais 77,2 ans. Résultat : le rapport entre personnes âgées et jeunes de moins de 15 ans a doublé en vingt ans, passant de 26 à près de 52 seniors pour 100 jeunes.
Un vieillissement inégal selon les territoires et le genre
Le phénomène progresse plus vite en milieu urbain. Près de 64 % des personnes âgées vivent aujourd’hui en ville, contre un peu plus de la moitié en 2004. Certaines régions sont déjà en avance sur cette transition. L’Oriental affiche 16,1 % de personnes âgées, suivi de Béni Mellal-Khénifra avec 15,2 %. À l’inverse, les régions du Sud restent nettement plus jeunes, notamment Dakhla-Oued Eddahab, où les seniors représentent moins de 5 % de la population.
Le vieillissement marocain est aussi fortement féminisé. Les femmes représentent 51,2 % des personnes âgées. Cette proportion augmente avec l’âge. Près de 38 % des femmes âgées sont veuves, contre 4 % seulement des hommes. Une réalité qui expose davantage les femmes à l’isolement, à la dépendance financière et aux fragilités sociales.
Des impacts sanitaires croissants
Sur le plan sanitaire, les signaux sont clairs. Près d’une personne âgée sur cinq vit avec un handicap. Après 75 ans, cette proportion approche 40 %. La couverture médicale s’est améliorée, mais reste incomplète. 69,2 % des seniors disposent d’une assurance maladie, avec des écarts persistants entre villes et campagnes, et entre hommes et femmes.
Les projections renforcent l’urgence. D’ici 2050, le Maroc pourrait compter près de 10 millions de personnes âgées, soit près d’un quart de la population. Le rapport de dépendance passerait alors de 25 à 39 seniors pour 100 actifs, mettant sous tension les systèmes de santé, de retraite et de protection sociale.
Ces chiffres confirment un tournant historique. Pour le système de santé marocain, le vieillissement n’est plus une perspective lointaine. Il impose dès maintenant une adaptation des soins, un renforcement de la prise en charge de la dépendance et une véritable stratégie du vieillissement en bonne santé.

