Le premier Congrès international de la Société Marocaine de la Robotique en Santé (SMRS) a été marqué par la réalisation de deux téléchirurgies transcontinentales entre le Maroc et la Chine sur plus de 10.000 kilomètres.
Pour le Pr Mohamed Bouziane, professeur agrégé à l’UM6SS, chirurgien viscéral et responsable du diplôme de la Mohammed VI Interventional Simulation and Robotic Surgery School (M6-ISRSS), cette démonstration ouvre la voie au développement du téléproctoring et du telementoring à grande échelle.
Réuni à Casablanca, le premier Congrès international de la Société Marocaine de la Robotique en Santé (SMRS) a permis de mettre en lumière les avancées réalisées dans le domaine de la chirurgie robotique au Maroc. L’événement a rassemblé des experts nationaux et internationaux, autour des enjeux de la formation, de l’innovation et du déploiement de cette technologie dans plusieurs spécialités chirurgicales.
Plus de 10.000 kilomètres entre le Maroc et la Chine
L’un des moments forts du congrès a été la réalisation de deux téléchirurgies transcontinentales sur modèle animal entre le Maroc et la Chine. La première intervention, une cholécystectomie, a été réalisée par le Pr Bouziane, tandis que la seconde, une néphrectomie, a été effectuée par le Pr Abdeljalil Heddat.
Réalisées à l’aide du robot chirurgical Kangduo SR 2000 de Sagebot, ces interventions ont mobilisé une connexion 5G ainsi que des équipes médicales présentes sur les deux sites. Elles ont permis de démontrer la faisabilité technique d’une chirurgie robotique à distance sur plus de 10.000 kilomètres.
Au-delà de la prouesse technologique
Dans un échange avec Santé Mag, le Pr Mohamed Bouziane a toutefois insisté sur le fait que cette démonstration ne devait pas être perçue comme une simple performance technologique.
« Il ne s’agit pas seulement de développer la téléchirurgie, mais surtout ce que nous appelons le téléproctoring et le telementoring », nous a-t-il expliqué.
L’objectif consiste à permettre à des experts d’accompagner à distance des chirurgiens en cours d’intervention, de partager leur expertise en temps réel et de faciliter la diffusion des bonnes pratiques au sein des établissements de santé.
Des défis techniques qui restent à relever
Si les résultats obtenus sont encourageants, certaines limites demeurent. La qualité des connexions, la fluidité des images transmises ou encore la coordination avec les équipes présentes sur place figurent parmi les principaux défis identifiés lors de ce type d’interventions.
Pour le spécialiste, ces obstacles devraient progressivement être levés grâce à l’amélioration des infrastructures numériques et à l’expérience acquise au fil des projets. Le développement de collaborations internationales constitue également un levier important pour accélérer cette montée en compétence.
La formation au cœur du développement de la robotique
Le congrès a également permis de mettre en avant les actions de formation menées par la Mohammed VI Interventional Simulation and Robotic Surgery School (M6-ISRSS), portée par la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé (FM6SS). Inaugurée en janvier 2026, l’école en est déjà à sa cinquième édition.
Selon le Pr Bouziane, plus de 48 chirurgiens issus de différentes spécialités ainsi qu’une quinzaine d’infirmiers de bloc opératoire ont déjà bénéficié de ces formations. Une dynamique qui accompagne le déploiement des programmes de chirurgie robotique au sein des établissements de la FM6SS et des hôpitaux militaires.
Vers une chirurgie plus accessible et collaborative
Le congrès a également été marqué par la participation du Pr Jacques Hubert, venu partager avec les participants l’expérience française en matière de chirurgie robotique. Chirurgien urologue et professeur émérite à l’Université de Lorraine et au CHRU de Nancy, il est considéré comme l’un des pionniers européens de cette discipline. Dès le début des années 2000, il a contribué au développement de la chirurgie robot-assistée en France et à son intégration progressive dans la pratique clinique.
Ancien chef du service d’urologie du CHRU de Nancy, le Pr Hubert s’est également illustré dans le domaine de la formation. Il est notamment à l’origine d’un Diplôme Interuniversitaire dédié à la chirurgie robotique, créé en 2008, et poursuit aujourd’hui ses travaux autour des nouvelles méthodes pédagogiques, notamment à travers la simulation et la réalité virtuelle appliquées à la formation des chirurgiens et des équipes de bloc opératoire.
Les discussions ont notamment porté sur l’adoption de ces technologies par les chirurgiens expérimentés, mais également sur les questions de prise en charge et de coût pour les patients.
Pour le Pr Bouziane, il est désormais question de développer un réseau de collaborations associant le Maroc, l’Afrique, la Chine et l’Europe afin de faire du téléproctoring un outil au service de l’équité territoriale et de l’amélioration de l’accès à l’expertise chirurgicale.

