La question de la vaccination complémentaire chez l’enfant reste peu documentée au Maroc. Une étude réalisée au CHU Mohammed VI d’Oujda apporte de nouveaux éclairages sur ce sujet encore marginal dans la politique vaccinale nationale.
Publiée en février 2026 par Hasnae Elhaddadi, Amal Hamami, Abdeladim Babakhouya et Maria Rkain, cette recherche s’appuie sur une enquête menée auprès de 450 mères d’enfants âgés de 1 à 16 ans. L’objectif consiste à mesurer le taux de recours aux vaccins non inclus dans le Programme National d’Immunisation et à identifier les facteurs de réticence.
Les résultats montrent d’abord une adhésion complète au Programme National d’Immunisation. Tous les enfants inclus dans l’étude ont reçu les vaccins obligatoires prévus par le calendrier national.
Dans 92 % des cas, ces vaccinations ont été réalisées dans des centres de santé publics, contre 8 % chez des pédiatres privés. Ce constat confirme le rôle structurant du système public dans la prévention des maladies infectieuses chez l’enfant.
Moins d’un enfant sur cinq reçoit un vaccin complémentaire
En parallèle, la vaccination complémentaire reste très limitée. Seuls 19 % des enfants étudiés ont bénéficié d’au moins un vaccin hors programme national.
Le vaccin contre l’hépatite A arrive en tête, représentant 89 % des vaccinations complémentaires recensées. Le vaccin contre la varicelle suit loin derrière, tandis que la grippe et le méningocoque ne sont pratiquement pas administrés dans ce cadre.
Ces vaccins, disponibles principalement dans le secteur privé, sont généralement à la charge des familles.
Un déficit d’information largement documenté
L’étude met en évidence une méconnaissance importante des vaccins complémentaires.
Près de 82 % des mères déclarent ne pas maîtriser les informations essentielles, notamment les indications, l’âge d’administration ou les bénéfices.
Par ailleurs, 69 % des participantes ignorent la distinction entre vaccins obligatoires et vaccins recommandés mais non intégrés au programme national. Cette confusion influence directement la décision vaccinale.
Coût, sécurité et non-obligation : les principaux freins
Plusieurs facteurs expliquent la réticence observée. Le manque d’information constitue le premier frein, cité par 78 % des mères interrogées.
Les inquiétudes concernant la sécurité des vaccins arrivent ensuite, évoquées par 62 % des participantes. Le caractère non obligatoire des vaccins complémentaires est également perçu comme un facteur dissuasif par 52 % des mères.
Le coût représente un obstacle notable pour 45 % des familles, en raison de l’absence de remboursement systématique. L’indisponibilité de ces vaccins dans les centres publics est aussi mentionnée dans près de la moitié des cas.
Des inégalités sociales qui influencent l’acceptation vaccinale
L’analyse statistique montre que l’acceptation des vaccins complémentaires augmente avec le niveau d’éducation, la couverture médicale et le statut socio-économique. À l’inverse, un faible revenu, l’absence d’assurance santé et un niveau d’instruction limité sont associés à une plus forte hésitation.
Le suivi régulier par un pédiatre favorise également l’adhésion à ces vaccins, tout comme la présence d’un professionnel de santé dans l’entourage familial.
Une marge d’amélioration importante pour la prévention pédiatrique
Malgré la faible couverture actuelle, les données indiquent une ouverture potentielle.
Environ 69,5 % des mères se disent prêtes à accepter la vaccination complémentaire en cas d’information renforcée.
Ce taux pourrait atteindre 86,3 % si ces vaccins étaient remboursés ou proposés gratuitement dans les structures publiques.
Les auteurs soulignent ainsi l’importance des campagnes d’information, du rôle des professionnels de santé et de l’accessibilité financière pour améliorer la prévention vaccinale chez l’enfant au Maroc.

