Sécurité sanitaire en Afrique : le Maroc progresse, mais reste vulnérable face aux futures épidémies

L’Afrique améliore progressivement ses capacités de prévention, de détection et de réponse aux crises sanitaires. Toutefois, aucun pays du continent ne semble encore pleinement préparé à affronter une nouvelle pandémie. L’Africa Health Security Index 2026 révèle notamment des progrès dans la surveillance épidémiologique, mais aussi des faiblesses persistantes en biosécurité, en financement et dans la robustesse des systèmes de santé.

L’édition 2026 de l’Africa Health Security Index évalue la capacité des 54 pays africains à prévenir, détecter et contenir les épidémies et les autres menaces biologiques. L’indice analyse six grandes dimensions : la prévention, la détection, la réponse rapide, le système de santé, le respect des normes internationales et l’environnement général de risque. Il est développé par la Nuclear Threat Initiative, le Pandemic Center de l’Université Brown, Economist Impact et la Science for Africa Foundation, avec plusieurs partenaires universitaires africains.

La note moyenne du continent atteint 41,5 sur 100, contre 32,4 en 2021, soit une amélioration de 9,1 points. Selon l’indice, 52 pays sur 54 ont progressé depuis la précédente évaluation. Les avancées les plus importantes concernent la détection et le signalement des épidémies, dont la moyenne continentale s’établit à 46,2 sur 100, en hausse de 20 points. La capacité de réponse rapide atteint, pour sa part, 43,9 sur 100.

Cette amélioration reste néanmoins insuffisante face à la multiplication des épidémies, au changement climatique, aux tensions sur les financements et aux risques politiques et sécuritaires. La biosécurité et la biosûreté figurent parmi les principales faiblesses identifiées. L’indice souligne aussi un décalage entre le développement de produits médicaux et la capacité réelle des pays à les distribuer rapidement aux populations lors d’une urgence sanitaire.

Le Maroc légèrement au-dessus de la moyenne africaine

Dans ce contexte, le Maroc obtient une note globale de 42,1 sur 100, légèrement supérieure à la moyenne continentale de 41,5. Son score progresse de 4,3 points par rapport à 2021. Cette évolution reste toutefois moins importante que la progression moyenne enregistrée en Afrique durant la même période.

Le Royaume affiche sa meilleure performance dans la catégorie consacrée à l’environnement de risque, avec 52,1 sur 100. Il obtient également 45,8 points pour la détection et le signalement des épidémies, 43,1 pour la réponse rapide et 41 pour le respect des normes internationales. La prévention atteint 40,8 points, tandis que le système de santé constitue la catégorie la plus faible, avec seulement 30 sur 100.

Les progrès les plus marqués concernent la détection et le signalement, dont le score augmente de 13,8 points depuis 2021. La réponse rapide gagne 8,4 points et le système de santé progresse de 6,8 points. À l’inverse, la prévention recule de 3,2 points, tandis que le respect des normes perd 1,9 point. Ces résultats traduisent une amélioration des capacités opérationnelles, sans progression équivalente dans tous les volets de la préparation sanitaire.

Surveillance et laboratoires parmi les points forts

Le Maroc obtient 83,3 sur 100 pour l’accessibilité et la transparence des données de surveillance. La solidité et la qualité des systèmes de laboratoire atteignent 62,5 points, tandis que leurs chaînes d’approvisionnement obtiennent 50 points. La surveillance en temps réel est évaluée à 41,7 points.

Le pays réalise également une performance maximale de 100 sur 100 pour l’adaptation au changement climatique et la surveillance des maladies transmises par des vecteurs. Il obtient le même résultat concernant le respect des recommandations internationales encadrant les restrictions de voyage et de commerce pendant les urgences sanitaires. L’accès aux infrastructures de communication atteint, pour sa part, 73,7 points.

Les résultats sont toutefois beaucoup plus faibles pour les enquêtes épidémiologiques fondées sur les cas, notées 12,5 sur 100. Les effectifs et les capacités de la main-d’œuvre en épidémiologie obtiennent 25 points. Cette situation suggère que la disponibilité des données et des infrastructures de laboratoire ne garantit pas, à elle seule, une capacité suffisante à enquêter rapidement sur chaque foyer épidémique.

Biosûreté et coordination institutionnelle en retrait

Parmi les principales fragilités figure la biosûreté, évaluée à 16,7 sur 100. La recherche à double usage et la promotion d’une culture scientifique responsable obtiennent un score nul. Ces indicateurs portent notamment sur l’encadrement des travaux scientifiques susceptibles d’avoir des applications civiles, mais aussi des usages dangereux ou malveillants.

La coordination entre les autorités sanitaires et les services chargés de la sécurité obtient également 0 sur 100. La préparation et la planification des interventions d’urgence atteignent 19,4 points, tandis que les exercices destinés à tester les plans de réponse sont notés 25 sur 100. Le fonctionnement des opérations d’urgence obtient 33,3 points.

Le système de santé demeure néanmoins le principal point faible du profil marocain. Son score de 30 sur 100 révèle des limites dans la capacité à prendre en charge un afflux de patients, protéger les professionnels de santé et assurer la disponibilité des équipements et produits médicaux pendant une crise prolongée. Malgré une amélioration depuis 2021, ce résultat reste inférieur à la moyenne africaine de 37,5 points dans cette catégorie.

L’Africa Health Security Index ne mesure pas la manière dont un pays gérerait concrètement chaque future épidémie. Il évalue surtout l’existence de capacités, de politiques et de mécanismes documentés publiquement. Pour le Maroc, les résultats montrent donc un profil contrasté : des progrès dans la surveillance, les laboratoires et la réponse, mais des lacunes persistantes dans la biosûreté, la coordination institutionnelle et la résilience du système de santé.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner