L’exposition au plomb persiste au Maroc, souvent sans être détectée. Dans les zones industrielles, minières ou au sein des foyers, ce métal lourd s’accumule et impacte la santé. Faute de surveillance systématique, le saturnisme pourrait toucher plus de personnes qu’estimé, notamment chez les enfants.
Le plomb reste présent dans l’environnement, malgré la réduction de certains usages. Il est utilisé dans l’industrie, les batteries ou certains matériaux. Ce métal n’a aucun rôle dans l’organisme. Sa présence traduit toujours une contamination.
Après ingestion ou inhalation, il passe dans le sang. Il se diffuse ensuite vers le cerveau, les reins et les os. « Sa demi-vie est longue, surtout dans le tissu osseux », explique le Dr Hala Harifi, docteur en physiologie, toxicologie et santé.
Cette accumulation favorise des effets durables. Le plomb affecte le système nerveux, les reins et le système cardiovasculaire. Il perturbe aussi la reproduction. « Aucun seuil n’est totalement sans risque, surtout chez l’enfant », précise-t-elle.
Des zones marocaines toujours exposées
Plusieurs régions restent concernées. Les anciens sites miniers comme Touissit, Mibladen, Aouli ou Midelt conservent des sols contaminés. Le plomb s’y accumule dans la poussière et l’eau.
En milieu urbain, l’exposition persiste. À Casablanca, des études ont relevé des niveaux plus élevés près de zones industrielles. Aïn Sebaa et Sidi Bernoussi figurent parmi les zones concernées. Les activités de fonderie et de batteries sont en cause.
L’eau représente aussi une source de contamination. L’Organisation mondiale de la santé fixe une limite à 10 µg/L. Certaines eaux souterraines dépassent ce seuil dans des zones industrielles.
Des sources d’exposition dans la vie quotidienne
L’exposition ne se limite pas aux industries. Elle peut provenir du quotidien. « Le khôl, les poteries vernissées ou certains ustensiles artisanaux peuvent contenir du plomb », indique le Dr Harifi.
Des analyses réalisées au Maroc ont montré des concentrations élevées dans plusieurs échantillons de khôl. Une utilisation régulière expose à un risque chronique.
Les anciennes canalisations et les poussières domestiques constituent aussi des sources possibles.
Les enfants en première ligne
Les enfants sont les plus vulnérables. Leur organisme absorbe davantage le plomb. Leur système nerveux reste en développement. « Même à faible dose, le plomb peut altérer l’apprentissage et le comportement », alerte le Dr Harifi.
Le risque commence parfois avant la naissance. Le plomb traverse le placenta. Il peut aussi être transmis par l’allaitement.
Au Maroc, certaines études montrent des niveaux plus élevés chez des enfants exposés. Ces résultats confirment une réalité encore peu visible.
Une intoxication difficile à repérer
Le saturnisme évolue sans signes spécifiques. Fatigue, maux de tête ou troubles digestifs passent souvent inaperçus. Chez l’enfant, les symptômes se traduisent par des difficultés scolaires.
Sans dépistage, le diagnostic reste rare. « L’absence de surveillance de la plombémie limite la compréhension du phénomène au Maroc », souligne le Dr Harifi.
Les données disponibles restent fragmentaires. Aucun système national de surveillance généralisé n’est en place. Pour plusieurs experts, le saturnisme reste sous-diagnostiqué.
Les populations proches de zones industrielles ou minières sont les plus exposées. Les milieux précaires apparaissent également à risque.
Prévenir pour limiter les risques
La prévention repose sur le contrôle des sources de pollution. Les rejets industriels doivent être surveillés. Les produits contenant du plomb doivent être réglementés.
Au domicile, il est conseillé d’éviter certains produits artisanaux. Il faut aussi limiter l’exposition aux poussières et vérifier la qualité de l’eau.
Le dépistage ciblé des enfants constitue un levier essentiel. Le plomb reste longtemps dans l’organisme. « Il peut être relargué dans le sang après des années », rappelle le Dr Harifi. Une menace discrète, mais bien réelle, qui appelle à une vigilance renforcée au Maroc.

