Santé mentale : 17 % des Marocains touchés, le CNDH pointe de graves lacunes du système de soins

Près de 17 % des Marocains souffrent de troubles psychiques ou mentaux. C’est l’un des constats majeurs du rapport annuel 2024 du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), qui alerte sur les fragilités persistantes du système de santé.

Selon l’institution, plusieurs obstacles limitent encore l’accès effectif aux soins. Le rapport évoque notamment un budget sanitaire insuffisant, des services inégalement répartis et une couverture médicale encore imparfaite. Ces facteurs compliquent l’accès aux soins pour de nombreux patients, en particulier dans le domaine de la santé mentale.

Le document signale également des pratiques problématiques dans le secteur privé. Certains patients doivent fournir un chèque de garantie ou payer des frais non déclarés, couramment appelés « noir ». Ces pratiques augmentent le coût des soins et freinent l’accès au traitement pour certaines catégories de la population.

La santé mentale sous pression

Malgré le nombre important de personnes concernées, la santé mentale reste peu priorisée dans l’organisation du système de santé. Le CNDH souligne que la législation encadrant la prise en charge des troubles psychiatriques remonte encore à 1959.

Le rapport met aussi en évidence un manque important de professionnels spécialisés. Le pays dispose d’un nombre limité de psychiatres, de psychologues et d’infirmiers formés à la santé mentale.

Les infrastructures hospitalières restent également insuffisantes. Dans certains établissements, les taux d’occupation atteignent 190 %, ce qui traduit une forte pression sur les services psychiatriques.

Le rapport cite notamment le service de psychiatrie de l’hôpital Moulay Hassan Ben El Mehdi à Laâyoune. Une visite sur place a révélé un manque de personnel, des problèmes d’entretien du bâtiment et des ruptures ponctuelles de médicaments.

Le CNDH signale aussi l’absence de séparation entre certains patients selon l’âge ou le profil judiciaire. Le manque d’activités de réhabilitation psychosociale constitue également un point de vigilance.

Un système de santé confronté à plusieurs défis

Au-delà de la santé mentale, le rapport évoque des difficultés structurelles qui affectent l’ensemble du système de santé marocain. Le budget alloué au secteur reste inférieur aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.

Le document rappelle aussi que la tarification nationale de référence des soins n’a pas été révisée depuis 2006. Les remboursements restent calculés sur des montants de 80 dirhams pour une consultation chez un généraliste et 150 dirhams chez un spécialiste. Dans la pratique, les patients paient souvent davantage.

Face à ces constats, le Conseil national des droits de l’Homme appelle à moderniser le cadre juridique relatif aux troubles psychiatriques. L’institution plaide pour une législation conforme aux standards internationaux des droits humains.

Le rapport recommande également de renforcer les campagnes de sensibilisation afin de réduire la stigmatisation liée aux maladies mentales. Il appelle enfin à augmenter les ressources consacrées à la santé et à améliorer la qualité des services psychiatriques.

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