Le système de santé marocain enregistre deux avancées notables en matière de prévention et de prise en charge médicale. Lors d’une récente séance parlementaire, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a annoncé une baisse significative des cas de rougeole chez les enfants, ainsi qu’un renforcement des dispositifs de diagnostic pour la maladie cœliaque.
La rougeole représentait encore récemment une menace pour la santé publique, notamment chez les enfants non vaccinés. Conscient du risque de résurgence, le ministère a lancé une campagne de vaccination nationale ciblée, qui a permis de revoir la couverture vaccinale de plus de 10 millions d’enfants et d’adolescents âgés de moins de 18 ans.
Selon les données communiquées par le ministre, cette campagne a permis d’identifier et de vacciner près de 600.000 enfants non immunisés. Grâce à une coordination intersectorielle entre les services du ministère de la Santé, de l’Éducation nationale et de l’Intérieur, les opérations se sont déroulées dans l’ensemble des régions du Royaume, avec une attention particulière portée aux zones rurales et enclavées.
Ce vaste effort de rattrapage vaccinal a permis une réduction de plus de 80 % des cas de rougeole en l’espace de quelques semaines. Des outils de surveillance renforcée ont également été mis en place pour assurer le suivi des cas potentiels et garantir une couverture homogène sur le territoire national. Des formations spécifiques ont été organisées pour le personnel médical, afin d’améliorer la détection précoce et la réaction face aux foyers épidémiques.
Une meilleure prise en charge de la maladie cœliaque
Autre annonce importante : la généralisation progressive de la détection de la maladie cœliaque dans les établissements hospitaliers publics. Cette pathologie auto-immune, déclenchée par la consommation de gluten, est encore méconnue du grand public, bien qu’elle touche un nombre croissant de Marocains.
Le ministère affirme que les structures de santé publique sont désormais équipées pour procéder à des tests sérologiques spécifiques, et qu’elles disposent des moyens techniques nécessaires pour réaliser des endoscopies digestives – examen clé pour confirmer le diagnostic. Cette avancée devrait permettre une détection plus précoce et une meilleure orientation des patients vers une prise en charge adaptée.
Bien que la maladie cœliaque ne soit pas encore officiellement reconnue comme une affection chronique ouvrant droit à des remboursements spécifiques dans les régimes d’assurance maladie, les patients bénéficient néanmoins de soins dans les établissements publics via le dispositif AMO-Tadamoun. L’enjeu principal reste aujourd’hui l’accès à une alimentation sans gluten, souvent plus coûteuse, ainsi qu’à un suivi nutritionnel régulier.
Une stratégie nationale de prévention en renforcement
Ces deux annonces s’inscrivent dans une politique sanitaire plus large, centrée sur la prévention, l’équité d’accès aux soins et la montée en qualité des services publics. Le ministère travaille sur plusieurs axes, notamment la surveillance épidémiologique, la lutte contre les maladies infectieuses, et le renforcement des capacités diagnostiques dans les hôpitaux régionaux.
Selon plusieurs experts, ces efforts témoignent d’une volonté de rompre avec une approche exclusivement curative, pour mettre en place une stratégie de santé publique plus proactive. La vaccination, la détection précoce et l’éducation sanitaire sont désormais au cœur du dispositif.
Vers une meilleure reconnaissance des pathologies silencieuses
L’un des défis qui se posent désormais est la reconnaissance officielle de maladies comme la cœliaquie, qui restent souvent ignorées dans les dispositifs de couverture maladie. Plusieurs associations de patients plaident pour l’inclusion de cette pathologie dans la liste des affections longue durée (ALD), afin de garantir une prise en charge plus complète.
Des campagnes de sensibilisation sont nécessaires pour mieux faire connaître cette maladie, dont les symptômes peuvent être trompeurs (fatigue chronique, troubles digestifs, anémie, etc.) et dont le seul traitement repose sur une éviction stricte du gluten à vie.
Ces résultats traduisent l’impact concret d’une politique de santé publique fondée sur l’anticipation, l’inclusion et l’égalité d’accès aux soins. Mais pour aller plus loin, des réformes structurelles restent nécessaires, notamment en matière de reconnaissance des maladies chroniques, de financement des dispositifs de prévention et de sensibilisation continue des professionnels comme des citoyens.

