Rage : le Dr Hamdi analyse les défis du fléau au Maroc

Chaque année, la rage cause encore des victimes au Maroc, malgré l’existence de programmes de vaccination et de campagnes de sensibilisation. Cette maladie virale, pourtant évitable, continue d’entraîner une vingtaine de décès humains par an et plusieurs centaines de cas chez les animaux.

Le Maroc s’est fixé l’objectif ambitieux d’éliminer la rage d’ici 2030, dans le sillage des recommandations internationales de l’Organisation mondiale de la santé animale et de l’OMS. Mais les obstacles demeurent nombreux : gestion des chiens errants, couverture vaccinale insuffisante, difficulté d’accès aux soins post-exposition et manque de sensibilisation du grand public. À cela s’ajoutent les critiques récurrentes sur les campagnes d’abattage, jugées inefficaces et inhumaines par plusieurs ONG.

Dans ce contexte, alors que le pays se prépare à accueillir le Mondial 2030, la lutte contre la rage devient aussi un enjeu d’image et de sécurité sanitaire à l’international. Comment avancer vers l’objectif d’élimination ? Quelles stratégies privilégier pour protéger à la fois les citoyens, les animaux et la réputation du pays ?

Pour éclairer ces questions, nous avons échangé avec le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, qui revient sur l’état des lieux et les solutions possibles.

Santé Mag : Où en est le Maroc aujourd’hui dans la lutte contre la rage humaine et animale ?

Dr Tayeb Hamdi : La rage est une maladie virale grave. Au Maroc, on enregistre chaque année une vingtaine de cas humains, dont l’issue est presque toujours fatale une fois les symptômes déclarés.

On compte également environ 400 cas de rage animale signalés, un chiffre sous-estimé car toutes les déclarations ne sont pas effectuées. Plus de 60.000 personnes sont agressées chaque année par des animaux et doivent consulter pour une prophylaxie post-exposition.

La rage n’est pas uniquement transmise par les chiens : les chats sont responsables de près de 40 % des cas, les chiens de 15 % et d’autres animaux pour le reste. La majorité des cas surviennent en milieu rural, et les enfants sont particulièrement touchés.

Santé Mag : Face aux critiques sur l’abattage des chiens errants, quelles alternatives sont possibles et efficaces ?

Dr Tayeb Hamdi : L’abattage ne règle pas le problème. L’expérience internationale a prouvé son inefficacité. La seule solution durable est la vaccination de masse des chiens, avec un objectif d’au moins 70 % de couverture.

Cela implique bien sûr les animaux domestiques, mais aussi les chiens errants. La stratégie recommandée est le programme capture, stérilisation, vaccination et relâchement (CSVR), qui permet de contrôler durablement la population canine et d’éviter la transmission.

Santé Mag : Comment renforcer la prévention et la sensibilisation, surtout après les récents cas et décès enregistrés parmi les Marocains et les touristes étrangers ?

Dr Tayeb Hamdi : La priorité absolue est d’éviter les décès humains. Toute morsure ou griffure par un chien ou un chat, même apparemment sain, doit être considérée comme à risque. La personne doit se rendre immédiatement dans une structure de santé pour recevoir le vaccin, et si nécessaire des immunoglobulines. C’est ce qu’on appelle la prophylaxie post-exposition, qui sauve des vies si elle est appliquée rapidement.

Cela suppose d’assurer la disponibilité des vaccins, de former les professionnels de santé et de sensibiliser la population.

Santé Mag : Le Maroc peut-il atteindre l’objectif d’élimination de la rage d’ici 2030, alors qu’il s’apprête à accueillir le Mondial ?

Dr Tayeb Hamdi : L’élimination de la rage est un objectif atteignable d’ici 2030. Cela nécessite la vaccination massive des chiens, la généralisation du programme CSVR, mais aussi la mobilisation de tous les secteurs : santé, collectivités, éducation, environnement. L’implication des citoyens est également essentielle.

Le Maroc s’est engagé dans cette voie et peut réussir, à condition de maintenir les efforts, de sécuriser l’approvisionnement en vaccins et de renforcer la sensibilisation. La Coupe du monde 2030 peut être un accélérateur, en raison des exigences sanitaires et de l’image du pays à l’international.

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