Perte de poids et Ozempic : le Dr Hamdi alerte sur les risques d’un usage hors cadre médical

Depuis plusieurs semaines, plusieurs publicités pour l’Ozempic circulent activement sur les réseaux sociaux au Maroc. Elles ne se contentent plus d’évoquer une aide à la perte de poids. Elles en font un argument commercial central.

Sur ces visuels, le médicament est présenté avec des dosages précis (0,25 mg, 0,5 mg et 1 mg) associés à des promesses chiffrées de perte de poids, allant de 4 à 7 kilos, 6 à 9 kilos, voire 9 à 12 kilos. Les annonces indiquent aussi qu’une boîte correspond à un mois de traitement, à raison d’une injection par semaine.

Les prix sont clairement affichés, entre 1.800 et 2.800 dirhams, selon le dosage. Le message commercial va plus loin : paiement à la livraison, virement, espèces ou chèque sont proposés. La livraison est annoncée dans tout le Maroc.

L’ensemble donne l’image d’un produit standardisé, prêt à l’emploi, accessible sans prescription médicale.

Face à la multiplication de ces publicités, Santé Mag a fait appel au Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, afin d’analyser les risques et de rappeler le cadre médical et réglementaire.

Une publicité et une vente interdites par la loi

Au Maroc, le cadre est strict. La publicité pour les médicaments est interdite, tout comme leur vente en dehors des circuits autorisés. « Le seul circuit légal reste la pharmacie », rappelle le Dr Tayeb Hamdi.

La vente via les réseaux sociaux, avec livraison à domicile et paiement à la réception, constitue donc une infraction. Cette pratique ne concerne pas uniquement l’Ozempic. Antibiotiques, vitamines et traitements lourds circulent déjà en ligne, sans ordonnance ni contrôle.

Une confusion entretenue autour du sémaglutide

L’Ozempic contient du sémaglutide, une molécule indiquée dans le traitement du diabète de type 2. Cette même molécule existe sous une autre formulation, avec un dosage spécifique, destinée à l’obésité : le Wegovy.

« L’Ozempic n’est pas conçu pour traiter l’obésité , c’est sa deuxième version Wegovy, avec dosage différent qui est indiqué pour les problèmes d’obésité », insiste le Dr Hamdi.Elle ne justifie pas une utilisation détournée.

Assimiler l’Ozempic à un médicament amaigrissant, comme le suggèrent ces publicités, brouille les repères médicaux.

Des risques médicaux sous-estimés

L’utilisation du sémaglutide sans suivi médical expose à des effets indésirables parfois sérieux. Troubles digestifs sévères, atteintes du pancréas et déséquilibres métaboliques figurent parmi les risques connus.

La prescription repose sur une balance bénéfice-risque précise. Elle dépend de critères stricts, notamment l’indice de masse corporelle et la présence de comorbidités. Ces traitements ne s’adressent pas à tous.

Acheter un médicament sur Internet expose aussi à la contrefaçon. Selon le Dr Hamdi, près de 80 % des achats de médicaments en ligne se soldent par une arnaque.

Dans certains cas, le produit n’est jamais livré. Dans d’autres, il est inefficace. Plus grave encore, certains médicaments sont contrefaits. Pour des produits injectables, l’absence de chaîne du froid aggrave le danger.

Les recommandations récentes de l’OMS

Cette dérive commerciale intervient alors que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient de publier ses premières recommandations sur les analogues du GLP-1 contre l’obésité.
La maladie touche plus d’un milliard de personnes dans le monde et a causé 3,7 millions de décès en 2024.

L’OMS rappelle que l’obésité est une maladie chronique, nécessitant une prise en charge durable. Alimentation équilibrée, activité physique et suivi médical restent essentiels.
Les médicaments peuvent aider, mais ne suffisent pas seuls.

Des traitements efficaces, mais strictement encadrés

Les analogues du GLP-1 peuvent être prescrits chez certains adultes obèses, hors grossesse. Leur efficacité est reconnue, même si les données à long terme restent limitées.

L’OMS alerte aussi sur les coûts élevés, le risque d’inégalités d’accès et la prolifération des produits falsifiés. Elle appelle à renforcer la régulation et la surveillance des marchés.

Pour le Dr Tayeb Hamdi, le message est sans ambiguïté. Parler d’un traitement vu sur Internet avec son médecin est légitime. Décider seul de se l’injecter est risqué.

Les analogues du GLP-1 représentent une avancée thérapeutique réelle. Mais ils ne sont ni anodins, ni universels. Dans un contexte de marketing agressif sur les réseaux sociaux, la santé ne peut devenir un simple produit livré à domicile.

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