Le Maroc a longtemps été cité comme un exemple africain dans la lutte contre le paludisme. Après plusieurs décennies de surveillance et de campagnes antipaludiques, le Royaume a interrompu la transmission autochtone de la maladie en 2004. Cette avancée lui a permis d’obtenir, en 2010, la certification officielle de pays exempt de paludisme par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Cet acquis sanitaire reste majeur. Pourtant, plusieurs spécialistes rappellent aujourd’hui qu’il ne signifie pas la disparition définitive du risque. Car si le parasite ne circule plus localement, certains moustiques vecteurs du genre Anopheles restent présents dans plusieurs régions marocaines, notamment dans des zones humides favorables à leur développement.
Le Dr Kholoud Maafi, pharmacienne biologiste à l’Institut Pasteur du Maroc et membre de la Société Marocaine de Pharmacologie et des Thérapeutiques (SMPT), estime que cette réalité impose de maintenir une vigilance constante. Chaque année, des centaines de cas de paludisme importé continuent d’être diagnostiqués au Maroc, principalement chez des voyageurs ou des personnes provenant de zones d’endémie situées en Afrique subsaharienne.
Le risque reste donc théorique, mais réel. Si un moustique local pique une personne infectée par le Plasmodium, le cycle parasitaire pourrait, dans certaines conditions, reprendre. Cette situation pousse les autorités sanitaires à maintenir une surveillance épidémiologique active afin d’éviter toute réintroduction du parasite sur le territoire national.
Des parasites tropicaux désormais observés au Maroc
Mais le paludisme n’est plus le seul sujet de préoccupation. Avec l’intensification des déplacements internationaux, les biologistes marocains voient apparaître des parasitoses tropicales autrefois exceptionnelles dans les laboratoires du Royaume. Certaines maladies, peu connues des cliniciens marocains, commencent désormais à être diagnostiquées sous forme de cas importés.
Le Laboratoire de Parasitologie-Mycologie de l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V de Rabat a récemment observé un cas de loase, aussi appelée filariose à Loa loa. Cette maladie parasitaire est transmise par des insectes du genre Chrysops et reste principalement endémique en Afrique centrale et occidentale.
Rarement évoquée au Maroc, cette parasitose illustre pourtant les nouveaux défis auxquels les biologistes médicaux peuvent être confrontés. Le diagnostic n’est pas toujours évident. Hyperéosinophilie persistante, œdèmes migrateurs, manifestations dermatologiques atypiques ou troubles oculaires intermittents peuvent facilement orienter vers d’autres pathologies si la piste parasitaire n’est pas envisagée.
Le diagnostic et la formation sont stratégiques
Dans ce contexte, le rôle du biologiste devient déterminant. Une goutte épaisse réalisée au bon moment, un examen microscopique minutieux ou une orientation parasitologique adaptée peuvent modifier totalement la prise en charge du patient. Malgré l’automatisation croissante des laboratoires, certaines compétences microscopiques restent indispensables pour identifier des parasites rarement rencontrés dans la pratique quotidienne.
Cette évolution soulève également la question de la formation. Face à l’émergence de maladies tropicales importées, plusieurs spécialistes estiment que la parasitologie médicale doit conserver une place importante dans le cursus des biologistes et dans la formation continue des professionnels de santé.
Une vigilance sanitaire à maintenir
Situé au carrefour de l’Afrique subsaharienne, de l’Europe et du bassin méditerranéen, le Maroc pourrait voir évoluer progressivement le profil des maladies infectieuses rencontrées dans ses structures de soins. Pour les experts, cela implique de renforcer la veille entomologique, d’améliorer la sensibilisation des cliniciens et de maintenir des capacités diagnostiques capables d’identifier rapidement des parasitoses inhabituelles.
Car si le Royaume a réussi à éliminer le paludisme autochtone, préserver cet acquis dépendra désormais de la capacité du système de santé à détecter précocement les cas importés et à anticiper les nouvelles réalités sanitaires liées à la mobilité mondiale.

