Au Maroc, les maladies coronariennes restent une priorité de santé publique. Une étude récente menée à Casablanca met en lumière le rôle décisif de l’échocardiographie de stress à la dobutamine dans les choix thérapeutiques.
Intitulée « Therapeutic Impact of Dobutamine Stress Echocardiography in Chronic Coronary Syndrome », l’étude a été conduite par Ghita Bennis, Sara Hafid et leurs collègues. Elle a été réalisée au CHU Cheikh Khalifa, relevant de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé (FM6SS).
L’échocardiographie de stress à la dobutamine permet de détecter une ischémie myocardique sans irradiation. Elle repose sur une stimulation pharmacologique contrôlée, associée à l’analyse des troubles de la contraction cardiaque.
Les recommandations européennes récentes privilégient cette approche fonctionnelle. Elles encouragent des décisions guidées par l’ischémie plutôt que par l’anatomie seule.
Un impact thérapeutique mesurable en pratique réelle
Entre novembre 2024 et novembre 2025, 133 patients ont bénéficié de cet examen. Trente-huit d’entre eux ont présenté un test positif ou équivoque, justifiant une coronarographie.
Dans près de 80 % des cas, une atteinte coronarienne significative a été confirmée. Tous ces patients ont été revascularisés. L’angioplastie a été privilégiée pour les atteintes limitées, tandis que le pontage a concerné les formes plus étendues.
L’étude montre que l’étendue de l’ischémie influence directement la stratégie retenue. Plus le nombre de segments myocardiques atteints est élevé, plus le recours à une intervention invasive s’impose.
Des scores de risque mis en défaut chez les diabétiques
Un autre enseignement majeur concerne les scores de probabilité clinique. Plusieurs patients classés à faible risque présentaient pourtant des lésions coronariennes sévères.
La majorité d’entre eux étaient diabétiques. Cette donnée souligne les limites des modèles prédictifs dans des populations à haut risque métabolique, fréquentes au Maroc.
Les auteurs alertent sur le risque de sous-diagnostic si l’évaluation repose uniquement sur ces scores.
Accessible, sans rayonnement et moins coûteuse que d’autres techniques, l’échocardiographie de stress à la dobutamine s’intègre bien au contexte national. Elle permet de mieux cibler les indications de la coronarographie.
Dans un pays marqué par une forte prévalence du diabète et de l’hypertension, cet examen offre un outil pragmatique pour optimiser les parcours de soins.
Vers une cardiologie plus ajustée au terrain
Les chercheurs plaident pour une approche combinant évaluation clinique et imagerie fonctionnelle. Ils appellent à des études multicentriques marocaines pour confirmer ces résultats.
À l’heure d’une cardiologie plus personnalisée, l’échocardiographie de stress à la dobutamine confirme sa place. Au Maroc, elle pourrait devenir un levier central pour améliorer le diagnostic et guider les décisions thérapeutiques.

