L’OMS alerte sur la dépendance mondiale au tabac

Malgré une baisse constante du nombre de fumeurs dans le monde, le tabac continue de faire des ravages. Selon le dernier rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), publié ce 6 octobre, un adulte sur cinq consomme encore du tabac.

L’agence onusienne rappelle que, même si la proportion de fumeurs est passée de 26,2 % en 2010 à 19,5 % en 2024, l’épidémie tabagique reste loin d’être endiguée. L’OMS met en garde contre les stratégies renouvelées de l’industrie, qui cherche à maintenir ses parts de marché à travers des produits de nouvelle génération. Cigarettes électroniques, dispositifs à tabac chauffé ou encore sachets nicotiniques : autant d’innovations qui séduisent un public jeune et entretiennent la dépendance.

Le rapport de l’Organisation révèle une statistique inquiétante : plus de 100 millions de personnes dans le monde vapotent aujourd’hui, dont 15 millions d’adolescents âgés de 13 à 15 ans. Dans certains pays, les jeunes sont neuf fois plus nombreux à vapoter que les adultes.

Loin d’être une alternative inoffensive, la cigarette électronique pourrait, selon les experts, préparer une nouvelle génération d’addictions. Elle expose les jeunes à la nicotine et risque de compromettre des années d’efforts de prévention. L’OMS appelle les gouvernements à renforcer les réglementations, afin d’éviter que le vapotage ne devienne la porte d’entrée vers la dépendance.

Des progrès inégaux selon les régions

Les résultats varient fortement d’un continent à l’autre. En Asie du Sud-Est, par exemple, la proportion d’hommes fumeurs a presque été divisée par deux en vingt ans, passant de 70 % à 37 %. L’Europe demeure la région qui compte le plus grand nombre de fumeurs, tandis que l’Afrique affiche les taux les plus faibles.

À l’échelle mondiale, 6,1 milliards de personnes sont aujourd’hui protégées par au moins une des mesures du programme MPOWER, qui regroupe les outils de lutte contre le tabagisme recommandés par l’OMS : interdiction de la publicité, augmentation des taxes, avertissements sanitaires et accompagnement au sevrage.

Le Maroc : entre progrès et nouvelles menaces

Au Maroc, les données les plus récentes confirment une tendance similaire, mais avec des particularités propres au contexte national. En 2025, environ 12,3 % des Marocains âgés de 15 ans et plus fument régulièrement, soit près de 3,5 millions de personnes.

Le phénomène demeure très genré : près d’un quart des hommes (23,7 %) déclarent fumer, contre moins de 1 % des femmes. Ces chiffres reflètent encore l’influence des normes sociales, mais traduisent aussi une vigilance accrue des autorités face à une dépendance qui coûte cher à la santé publique.

Autre sujet d’inquiétude : la progression du vapotage chez les jeunes. De plus en plus de Marocains se tournent vers les produits à nicotine alternatifs, perçus comme « modernes » et « moins nocifs ». Les spécialistes rappellent pourtant que ces dispositifs entretiennent la dépendance et exposent à des risques encore mal mesurés à long terme.

L’OMS invite les États à ne pas relâcher leurs efforts. La baisse du tabagisme ne doit pas masquer la persistance d’un fléau mondial, ni la montée d’une nouvelle forme de dépendance portée par les cigarettes électroniques.

Pour le Maroc, l’enjeu dépasse la simple réglementation : il s’agit d’un combat de santé publique qui requiert prévention, éducation et accompagnement. Le développement de programmes de sevrage, l’augmentation des taxes sur le tabac et la vigilance face aux nouvelles pratiques de consommation sont aujourd’hui des leviers essentiels pour préserver les acquis et protéger les générations futures.

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