À l’occasion du GITEX Future Health Africa Morocco, le Pr Ahmed Rhassane El Adib, Directeur général du site de Marrakech de la FM6SS et président de la Société Marocaine de Médecine d’Urgence (SMMU), détaille la stratégie portée par la Fondation autour de l’intelligence artificielle, de la formation médicale et des urgences augmentées par les technologies de santé.
Dans un échange avec Santé Mag, le Pr El Adib explique que la présence de la FM6SS à cette première édition du GITEX consacré exclusivement à la santé s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années. Il décrit une organisation qui rassemble plusieurs métiers de santé et disciplines autour d’un même écosystème, allant de la formation à la recherche, en passant par les soins et l’innovation.
Selon lui, la Fondation travaille à développer des structures capables de former médecins, pharmaciens, infirmiers, ingénieurs et autres professionnels dans une logique de collaboration. Cette approche s’étend également à la recherche, notamment à travers le Centre Mohammed VI de la Recherche et de l’Innovation (CM6RI) et plusieurs projets technologiques présentés lors du salon.
Une nouvelle génération déjà familiarisée avec l’IA
Le Pr El Adib estime que les étudiants en médecine utilisent déjà largement les outils d’intelligence artificielle dans leur quotidien. Il évoque des usages liés à la transcription des cours, à la génération de questionnaires ou encore à la révision.
Face à cette évolution, la FM6SS a intégré des modules consacrés aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle dans différents cursus de formation. Des plateformes spécifiques ont également été développées pour les étudiants et les enseignants.
Les étudiants disposent notamment d’outils permettant de réviser les cours, générer des QCM, créer des résumés ou s’entraîner à travers des patients virtuels et des serious games. Une partie de ces solutions a été développée directement par les équipes de la Fondation.
Du côté des enseignants, l’objectif consiste à rendre les cours plus interactifs grâce à des outils numériques intégrant l’IA. Le responsable évoque aussi des projets autour des examens digitalisés, du suivi des stages, des portfolios étudiants et des évaluations cliniques assistées par des plateformes numériques.
Une logique de suivi personnalisé des compétences
Le responsable décrit un système visant à améliorer la traçabilité des compétences des étudiants tout au long de leur parcours. Selon lui, cette approche doit permettre d’identifier plus rapidement les difficultés rencontrées par certains étudiants et d’adapter l’accompagnement pédagogique.
Il évoque également plusieurs expérimentations pilotes déjà en cours au sein de l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé, avec une volonté de rendre les évaluations plus fiables, plus équitables et davantage harmonisées.
Des solutions technologiques développées au Maroc
Lors de l’échange, le Pr El Adib insiste aussi sur les capacités locales de développement. Il cite notamment des avatars médicaux, patients virtuels et outils pédagogiques présentés sur le stand de la FM6SS au GITEX Future Health Africa Morocco.
Ces solutions ont été développées au sein même de l’écosystème de la Fondation, avec des équipes réunissant professionnels de santé, ingénieurs et développeurs.
Le responsable considère que le Maroc dispose désormais des compétences nécessaires pour concevoir des outils technologiques en santé adaptés aux besoins nationaux et africains.
L’intelligence artificielle appliquée aux urgences
En tant que président de la Société Marocaine de Médecine d’Urgence, le Pr El Adib s’est également exprimé sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les parcours d’urgence.
Il décrit des outils capables d’intervenir dès le premier appel d’urgence, notamment pour orienter les patients, géolocaliser les ambulances ou identifier les structures les plus adaptées à la prise en charge.
L’intelligence artificielle pourrait également assister les équipes médicales dans l’analyse des examens, l’interprétation de l’imagerie médicale, l’évaluation de la gravité des cas ou encore l’organisation des blocs opératoires et des lits hospitaliers.
Le responsable évoque aussi le développement d’outils de suivi à distance via des objets connectés, permettant de surveiller certains patients après leur retour à domicile.
Cybersécurité, souveraineté et gouvernance des données
Le Pr El Adib souligne toutefois plusieurs défis liés à cette transformation numérique. Parmi eux figurent la cybersécurité, la protection des données de santé, l’interopérabilité des systèmes et les enjeux de souveraineté autour des données médicales marocaines.
Il rappelle également l’importance des mécanismes de régulation et de gouvernance pour encadrer le développement de ces technologies, aussi bien au niveau institutionnel que réglementaire.
Selon lui, l’intelligence artificielle doit avant tout rester un outil au service des professionnels de santé et du patient.

