Au Maroc comme ailleurs, le mois de Ramadan est synonyme de spiritualité, de partage et de discipline. Mais chaque année, un autre visage plus sombre de cette période réapparaît dans les rues, les foyers et les lieux de travail : la tramdéna, terme populaire désignant une irritabilité explosive, souvent accompagnée de gestes ou de paroles violentes.
Selon le Dr Jaouad Mabrouki, psychiatre et psychanalyste, la tramdéna n’est pas qu’un simple coup de sang. Elle peut traduire un déséquilibre psychique latent, aggravé par les contraintes physiologiques et sociales du jeûne. Privation de nicotine, de caféine, de médicaments anxiolytiques… autant de sevrages brusques qui, combinés à la fatigue et au stress, peuvent déclencher des accès de colère incontrôlés.
Le phénomène, encore peu étudié dans les sphères académiques, trouve pourtant un écho clinique dans des pathologies connues : troubles bipolaires, dépression résistante, dépendances mal encadrées. Pour le Dr Mabrouki, ces épisodes sont autant de signaux d’alerte qu’il ne faut ni banaliser ni réprimer par la seule culpabilisation religieuse.
Un trouble comportemental sous-estimé
Au-delà des causes chimiques, le poids des attentes sociales et religieuses pendant le Ramadan peut exacerber les fragilités psychologiques. L’obligation de “tenir” face aux exigences du jeûne, combinée à des rythmes de sommeil perturbés, génère un climat propice aux tensions. Dans un pays où la santé mentale reste marquée par la stigmatisation, peu de personnes consultent en amont, et encore moins pendant cette période.
Sensibiliser, prévenir, accompagner
Reconnaître la tramdéna comme un trouble du comportement contextuel est une première étape vers une approche plus bienveillante et efficace. Le Dr Mabrouki plaide pour une prise en charge anticipée, notamment chez les patients souffrant de troubles de l’humeur ou de dépendances connues. Il invite également les familles à ne pas minimiser ces épisodes, mais à orienter vers une consultation spécialisée dès les premiers signes.
Car au-delà de son expression bruyante, la tramdéna est souvent le masque d’une souffrance silencieuse, qui mérite écoute, compréhension et soin. Une condition encore peu documentée, mais dont la prévention pourrait contribuer à un Ramadan plus apaisé pour tous.

