Comment intégrer l’intelligence artificielle dans le système de santé marocain sans compromettre la qualité des soins, la protection des données ou l’équité d’accès ? C’est à cette question que répond le nouveau Livre Blanc publié par le Centre d’Innovation en e-Santé (CIeS) de l’Université Mohammed V de Rabat, dirigé par le Pr Anass Doukkali.
Fruit de plus d’une année de travaux, ce document propose une feuille de route destinée à accompagner le développement d’une intelligence artificielle responsable, souveraine et adaptée aux réalités nationales.
À travers ce Livre Blanc intitulé Intelligence artificielle en santé au Maroc : Réalités, Enjeux et Recommandations, le CIeS défend une conviction forte : le principal défi n’est plus technologique. Selon ses auteurs, le Maroc dispose déjà de compétences, d’initiatives et d’outils capables de soutenir le développement de l’intelligence artificielle. En revanche, ces initiatives restent encore dispersées et peinent à s’inscrire dans une stratégie nationale cohérente.
Le document estime que la réussite de cette transformation repose avant tout sur la qualité des données de santé, leur interopérabilité, une gouvernance adaptée ainsi que l’existence d’un cadre juridique et éthique garantissant la confiance. L’intelligence artificielle est ainsi présentée non comme une simple évolution technologique, mais comme un projet global de transformation du système de santé.
Plus d’une année de travaux et 33 recommandations
Le Livre Blanc est le fruit d’un travail conduit pendant plus d’une année par le CIeS. Sa méthodologie repose sur une revue de la littérature scientifique nationale et internationale, des analyses comparatives de plusieurs pays, 32 entretiens avec des experts et décideurs marocains et étrangers, ainsi que deux enquêtes nationales menées auprès de près de 400 professionnels de santé et d’environ 500 patients et citoyens.
L’ensemble de ces contributions a permis d’élaborer 33 recommandations structurées autour de cinq piliers stratégiques et de dix actions prioritaires. Le document propose également une trajectoire progressive de déploiement entre 2026 et 2030, avec une première phase consacrée à la mise en place des fondations, avant une accélération des usages puis leur généralisation.
La donnée, préalable indispensable à l’IA
L’un des principaux messages du Livre Blanc est que la donnée constitue le véritable socle de l’intelligence artificielle en santé. Sans données fiables, standardisées et partageables entre les différents établissements, les algorithmes ne peuvent produire des résultats pertinents ni inspirer la confiance des professionnels comme des patients.
Les auteurs recommandent ainsi la création d’une infrastructure nationale de données de santé reposant notamment sur un dossier patient informatisé partagé, des standards d’interopérabilité communs, une gouvernance renforcée et un Health Data Hub souverain. L’objectif est de permettre une circulation sécurisée de l’information médicale tout en garantissant la protection des données sensibles.
Une réflexion destinée à accompagner les politiques publiques
Au-delà des aspects techniques, le Livre Blanc se veut un document d’orientation destiné à nourrir la réflexion autour de la transformation du système de santé marocain. Il plaide pour le développement de nouveaux profils associant médecine, numérique et intelligence artificielle, mais également pour un soutien accru à la recherche, à l’innovation et aux entreprises spécialisées dans la santé numérique.
Le CIeS entend désormais accompagner la mise en œuvre de cette vision à travers ses différents programmes, notamment MOHIM, consacré à l’interopérabilité des données de santé, et MAHIR, dédié à la préparation des établissements de santé à l’intégration de l’intelligence artificielle.
Plus largement, le Centre appelle à une mobilisation conjointe des pouvoirs publics, des établissements de santé, des universités et des acteurs privés afin de faire de l’intelligence artificielle un levier durable de modernisation du système de santé marocain.

