Importations alimentaires : le Maroc face à une dépendance inquiétante

Le Maroc dépend aujourd’hui de l’étranger pour nourrir sa population. Près de 80 % des calories consommées proviennent de produits importés, selon le Moroccan Institute for Policy Analysis (MIPA).

Un paradoxe pour un pays qui exporte tomates, pastèques et agrumes. Derrière cette dépendance, un modèle agricole déséquilibré, coûteux et peu soutenable, dont les effets se font sentir jusque dans la santé des Marocains.

Le MIPA dresse un constat préoccupant : le Maroc ne produit que 28 % de ses céréales, 27 % de ses huiles et moins de 20 % de son sucre. Ces trois denrées représentent pourtant l’essentiel des apports caloriques quotidiens. En 2024, l’État a dépensé plus de 5,7 milliards de dirhams pour maintenir les prix du blé et du sucre. Une facture qui pèse lourd sur les finances publiques et sur la sécurité alimentaire nationale.

Mais cette dépendance ne se limite pas à une question économique. Elle transforme profondément les habitudes alimentaires et accroît les risques sanitaires. En un demi-siècle, la consommation moyenne des Marocains est passée de 2.400 à 3.100 kilocalories par jour, principalement issues d’aliments raffinés et riches en sucre. Le pain blanc et le sucre raffiné, largement subventionnés, dominent les repas, au détriment des aliments nutritifs.

Trop de sucre, pas assez de nutriments

La consommation annuelle de sucre atteint aujourd’hui 48 kg par habitant, soit quatre fois la limite recommandée par l’OMS. Résultat : six Marocains sur dix sont en surpoids, et plus d’un sur cinq est obèse. Ces chiffres illustrent l’émergence d’un “double fardeau nutritionnel” : excès de calories d’un côté, carences en micronutriments de l’autre.

Les enquêtes sanitaires révèlent des déficits persistants en fer, iode et vitamine A, touchant surtout les enfants et les femmes. Ces manques favorisent l’anémie, la fatigue chronique et des troubles du développement. En parallèle, les maladies non transmissibles comme le diabète ou l’hypertension continuent de progresser, renforcées par des habitudes alimentaires déséquilibrées.

Un modèle agricole tourné vers l’export

Le rapport du MIPA souligne un paradoxe : le Maroc exporte ce qu’il produit, mais importe ce qu’il consomme. Depuis le Plan Maroc Vert, les cultures d’exportation, tomates, agrumes, fruits rouges, dominent les terres irriguées. Les cultures vivrières, elles, reculent. Cette orientation, pensée pour la compétitivité, a délaissé les petits producteurs pluviaux, accentuant les inégalités rurales et la vulnérabilité face à la sécheresse.

Le modèle repose aussi sur des intrants importés : semences hybrides, engrais chimiques, matériel d’irrigation. Cette dépendance technologique limite la marge de manœuvre nationale et rend la production agricole sensible aux fluctuations des marchés mondiaux.

Revaloriser les cultures locales et la souveraineté alimentaire

Le MIPA appelle à un changement de cap progressif vers un modèle plus résilient. Il plaide pour la revalorisation des légumineuses, pois chiches, fèves, lentilles, dont la surface cultivée a chuté de 10,7 kg consommés par habitant dans les années 1980 à seulement 3,6 kg aujourd’hui. Ces aliments, riches en protéines et peu coûteux, contribuent à la santé nutritionnelle et à la fertilité des sols.

Le rapport insiste aussi sur la nécessité de soutenir les petits exploitants, garants d’un tissu agricole équilibré. Une politique de subvention plus équitable permettrait de réduire la dépendance aux importations alimentaires et de restaurer la justice sociale dans l’accès aux aides publiques.

Produire ce que l’on mange

Au-delà des réformes agricoles, le MIPA défend une approche culturelle de la souveraineté alimentaire. Il recommande d’intégrer l’éducation nutritionnelle dans les écoles et de promouvoir le « bien-manger local », en reconnectant les citoyens aux produits de saison et aux ressources nationales.

Le Maroc se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Son modèle agricole, performant à l’export, montre ses limites face aux enjeux de santé publique et de durabilité. Repenser la manière de produire et de consommer n’est plus une option, mais une nécessité vitale pour préserver les ressources, les finances et surtout la santé des Marocains

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