Face à une exposition croissante des jeunes enfants aux écrans, plusieurs sociétés savantes françaises tirent la sonnette d’alarme. Dans une tribune publiée mardi, cinq instances médicales, dont la Société française de pédiatrie et celle de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, recommandent une interdiction totale des écrans avant l’âge de six ans.
Depuis janvier, le carnet de santé des enfants invite à éviter les écrans avant trois ans et à en limiter l’usage jusqu’à six ans. Mais pour les spécialistes, cette approche reste insuffisante au regard des dernières données scientifiques. Selon eux, même les contenus dits éducatifs ne sont pas adaptés au cerveau en développement. « Aucun écran, quelle que soit sa technologie, n’est compatible avec les besoins cognitifs et émotionnels d’un enfant de moins de six ans », insistent-ils.
Troubles visibles dès la maternelle
Dans les salles de classe, les effets sont déjà palpables. Enseignants et professionnels de l’enfance constatent une hausse marquée des troubles de l’attention, des retards de langage, et une agitation persistante chez les enfants surexposés. « Il faut changer d’activité toutes les quinze minutes pour maintenir leur concentration », témoigne une professeure des écoles dans la Drôme.
Le phénomène touche toutes les classes sociales, mais il est particulièrement marqué dans les milieux défavorisés, où les écrans sont souvent utilisés comme substitut à la garde ou à l’animation. Résultat : les écarts de développement s’accentuent dès la petite enfance. Pour les spécialistes, l’essentiel du développement passe par les échanges humains, le jeu libre et l’exploration concrète du monde.
Vers un “état d’urgence numérique” ?
Malgré un rapport alarmant publié en 2023, les réponses politiques tardent. L’association Pas à Pas l’Enfant déplore l’inertie des pouvoirs publics. Dans une nouvelle tribune, le Premier ministre Gabriel Attal et le pédopsychiatre Marcel Rufo plaident pour un “état d’urgence contre les écrans”. Parmi les pistes avancées : mise en place d’un « addict score », couvre-feu numérique et dépistage des comportements addictifs dès l’entrée au collège.
Tandis que l’Australie interdit déjà l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, la France pourrait suivre. La ministre de la Santé, Catherine Vautrin, devrait annoncer des mesures dans les semaines à venir.
Les experts, eux, insistent : il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais de préserver un temps crucial du développement. Lire une histoire, construire une cabane, jouer en plein air… autant d’activités essentielles pour grandir loin du piège des écrans.

