Au Maroc, plus de 40.000 personnes dépendent chaque jour de la dialyse pour vivre. Ce traitement vital exige une alimentation électrique continue. Or, la moindre panne du réseau peut mettre des vies en danger.
Face à cette fragilité, le Dr Faissal Tarrass et la Dr Meryem Benjelloun proposent une solution inédite : utiliser l’hydrogène vert pour alimenter les centres de dialyse. Leur étude, publiée dans l’Indian Journal of Nephrology, replace l’énergie au cœur de la sécurité des soins.
Chaque séance d’hémodialyse consomme entre 3 et 6 kWh d’électricité. Dans de nombreux centres, les coupures de courant sont fréquentes. Pour y faire face, les équipes médicales s’appuient encore sur des générateurs au diesel.
Ces appareils, indispensables mais polluants, émettent près de 2,5 kg de CO₂ par séance. Comme le rappellent le Dr Tarrass et la Dr Benjelloun, cette dépendance au diesel contredit la mission de soin : protéger la vie sans nuire à la santé publique ni à l’environnement.
L’hydrogène, une énergie propre et stable
La technologie Power-to-Hydrogen (P2H) transforme l’électricité solaire ou éolienne en hydrogène, stocké avant d’être reconverti en électricité selon les besoins. Ce système offre une alimentation continue, même en cas de panne prolongée.
Les chercheurs estiment qu’un conteneur de 40 pieds rempli d’hydrogène comprimé peut alimenter une clinique de dix postes pendant plus de 72 heures. Une autonomie inédite, silencieuse et non polluante.
Le Maroc s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre 52 % d’énergies renouvelables dans sa capacité installée d’ici 2030. Les excédents produits par les parcs solaires et éoliens peuvent servir à fabriquer un hydrogène local, propre et durable. Cette ressource permettrait de réduire jusqu’à 750 tonnes de CO₂ par an dans un centre de taille moyenne, tout en renforçant la résilience du système de santé.
Un investissement à considérer comme une priorité sanitaire
Le coût d’installation reste élevé : environ 600.000 dollars pour un électrolyseur de 500 kW, sans compter le stockage et les piles à combustible. Pourtant, pour le Dr Tarrass et la Dr Benjelloun, le débat ne doit pas se limiter à la rentabilité énergétique. La continuité des soins doit primer. L’hydrogène représente avant tout un gage de sécurité pour les patients, et un pas décisif vers une médecine durable.
Les auteurs appellent à la création de partenariats public-privé. Des entreprises spécialisées pourraient installer et entretenir les systèmes P2H, via des contrats à long terme. Les cliniques n’auraient plus à supporter l’investissement initial, mais bénéficieraient d’une énergie stable et propre facturée à l’usage. Ce modèle de financement rend la transition plus accessible et plus réaliste.
Le projet va bien au-delà du Maroc. Il offre une piste pour d’autres pays confrontés aux mêmes défis énergétiques. En intégrant la résilience climatique dans la gestion des soins, la néphrologie marocaine montre la voie vers une santé durable. L’hydrogène vert n’est plus seulement une innovation technologique : c’est une promesse d’indépendance énergétique et de souveraineté sanitaire.

