Derrière la crise de l’hôpital Hassan II : un système à bout de souffle

Ce qui devait être une visite de terrain s’est transformé en séisme politique. En se rendant à l’hôpital régional Hassan II d’Agadir, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, ne s’attendait pas à déclencher une telle tempête.

Quelques jours plus tard, le ministre se retrouve au cœur d’une controverse mêlant colère populaire, emballement médiatique et règlements de comptes politiques.

Sur Facebook, TikTok ou X, les vidéos se succèdent et les commentaires fusent. Amine Tehraoui est accusé d’« incompétence » ou même de « mensonge », certains allant jusqu’à réclamer sa démission. Les critiques ne proviennent pas seulement de comptes anonymes : des créateurs de contenu identifiés, parfois proches de milieux politiques ou médiatiques bien établis, relaient des accusations graves.

Plusieurs médias, longtemps silencieux sur les dysfonctionnements hospitaliers, semblent désormais découvrir l’urgence sanitaire à travers le prisme de la polémique.

Une situation critique, mais ancienne

La réalité est pourtant bien connue : l’hôpital Hassan II souffre depuis des années. Manque de médicaments, sous-effectif chronique, équipements défectueux, désorganisation… Autant de signaux d’alerte restés sans réponse.

La visite du ministre, le 16 septembre, a agi comme un révélateur. Amine Tehraoui a ordonné des mesures immédiates et lancé un plan de restructuration partielle. Mais ce qui aurait pu rester une réponse technocratique est devenu un procès public contre un homme, comme si la totalité du passif hospitalier marocain reposait sur ses épaules.

Un ministre sous pression politique

Nommé en octobre 2024, Amine Tehraoui hérite d’un ministère rongé par des fragilités structurelles, fruit de décennies de réformes inachevées, de sous-investissements, de gouvernance fragmentée.

L’hôpital d’Agadir n’est pas une anomalie : il est un point d’orgue d’un malaise national. Le reconnaître ne revient pas à absoudre qui que ce soit, mais à restituer les responsabilités à leur juste niveau.

Si la critique est légitime, surtout dans un secteur aussi sensible que la santé publique, la virulence actuelle interroge. D’autant qu’elle prend racine dans un contexte politique sous tension.

Tehraoui, membre du Rassemblement National des Indépendants (RNI), est un proche du Chef du Gouvernement Aziz Akhannouch. Cette proximité en fait une cible privilégiée dans un climat où la frontière entre dénonciation sincère et calcul politique devient de plus en plus floue.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner