Banque Mondiale : vers une retraite à 70 ans au Maroc ?

La Banque Mondiale (BM) estime désormais que 70 ans constitue un âge adéquat pour partir à la retraite. Une annonce qui relance le débat au Maroc, où le gouvernement prévoit déjà de repousser l’âge légal à 65 ans dès 2026.

Dans son rapport « Embracing and Shaping Change: Human Development for a Middle East and North Africa in Transition », publié en août 2025, la BM alerte sur l’impact du vieillissement rapide dans la région MENA. L’institution considère que face à l’allongement de la durée de vie et à la pression sur les systèmes sociaux, l’âge de 70 ans apparaît comme une référence crédible pour l’avenir.

Au Maroc, l’espérance de vie s’élève aujourd’hui à 76 ans, contre seulement 47 ans dans les années 1960. Ce bond reflète les progrès sanitaires, l’amélioration des conditions de vie et la généralisation progressive de la couverture médicale. Toutefois, ces années supplémentaires ne sont pas toutes vécues en bonne santé. Dès 55 ans, un adulte sur quatre vit avec une maladie chronique. Le diabète, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires figurent parmi les affections les plus fréquentes.

Cette réalité pèse lourdement sur les hôpitaux publics déjà sous tension. Le manque de personnel, les équipements vétustes et la demande croissante rendent la prise en charge complexe. La Banque mondiale insiste sur ce point : le vieillissement de la population, combiné à la hausse des maladies chroniques, menace la soutenabilité du système de soins et des caisses de retraite.

Face à ce défi, le gouvernement marocain a annoncé une réforme progressive. À partir de 2026, l’âge légal de départ passera de 60 ans dans le privé et 63 ans dans le public à 65 ans pour tous. Cette décision vise à retarder la pression sur les régimes de retraite, dont l’équilibre actuariel est menacé par l’allongement de la vie.

Cependant, la réforme ne fait pas consensus. L’Union marocaine du travail (UMT) et la Confédération démocratique du travail (CDT) ont organisé plusieurs sit-in ces derniers mois. Les syndicats dénoncent l’absence d’un diagnostic partagé et soulignent le manque de transparence sur la situation réelle des caisses. Pour eux, repousser l’âge légal ne règle pas les problèmes de gouvernance ni les inégalités persistantes.

La Banque Mondiale recommande une approche plus globale. Elle appelle à investir davantage dans la prévention des maladies chroniques, à développer la médecine de proximité et à renforcer la formation de spécialistes en gériatrie. L’institution rappelle que la santé des seniors dépend aussi de facteurs sociaux : logement, nutrition, éducation et accès à l’emploi.

D’ici 2050, la proportion de Marocains de plus de 65 ans devrait doubler. Cette transition démographique exige une stratégie cohérente et durable. Le Royaume a lancé la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire, un pas décisif. Mais la qualité des services de santé, les délais d’attente et la répartition inégale des infrastructures demeurent des points noirs.

La question des retraites s’inscrit donc dans un cadre plus large. Le Maroc doit à la fois préserver l’équilibre de ses caisses, améliorer l’accès aux soins et garantir un vieillissement digne à ses citoyens. Pour la Banque mondiale, repousser l’âge de départ jusqu’à 70 ans ne serait pas une provocation, mais une adaptation nécessaire aux nouvelles réalités.

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