Chaleur, transpiration, soleil… le Dr Maafi explique l’explosion du pityriasis versicolor en été

Taches blanches sur le dos, plaques plus foncées sur le torse, fines squames visibles après exposition au soleil… Chaque été, de nombreux Marocains découvrent sur leur peau des marques parfois inquiétantes.

Souvent prises pour une allergie solaire ou confondues avec le vitiligo, ces lésions correspondent fréquemment à un pityriasis versicolor, une infection cutanée liée à la prolifération de levures du genre Malassezia.

Dans une analyse consacrée à cette affection fréquente, le Dr Kholoud Maafi, pharmacienne biologiste au Centre de Biologie Médicale de l’Institut Pasteur du Maroc (IPM), rappelle que cette mycose superficielle reste l’un des motifs récurrents de consultation dermatologique pendant les périodes chaudes.

La chaleur, l’humidité, la transpiration excessive ou encore certaines peaux grasses créent un terrain favorable à son apparition.

Une levure naturellement présente sur la peau

Le pityriasis versicolor n’est pas une maladie contagieuse classique. Les levures responsables vivent naturellement sur la peau humaine. Le problème apparaît lorsque cet équilibre du microbiote cutané se modifie. Les levures changent alors de forme et deviennent pathogènes, provoquant des lésions pigmentaires plus ou moins visibles.

La maladie touche principalement le tronc, les épaules, le cou ou les zones riches en sébum. Les lésions peuvent être plus claires ou plus foncées que la peau normale, avec de fines squames parfois discrètes. Chez certaines personnes, les marques deviennent surtout visibles après le bronzage, ce qui explique l’augmentation des consultations durant l’été.

Des formes parfois discrètes ou atypiques

Le Dr Maafi souligne que certaines formes de pityriasis versicolor peuvent aujourd’hui passer inaperçues à l’œil nu. Des variantes dites « invisibles » ou des formes inverses ont été décrites dans la littérature récente, compliquant parfois le diagnostic clinique.

Certaines localisations inhabituelles ont également été rapportées, notamment sur d’anciennes cicatrices. Ces présentations atypiques peuvent conduire à des confusions avec d’autres maladies dermatologiques comme le vitiligo, les dermites séborrhéiques ou certaines hypomélanoses post-inflammatoires.

Dermoscopie, lumière UV et PCR : ce que change le diagnostic moderne

Si le diagnostic reste avant tout clinique, les outils diagnostiques évoluent. Le recours à la dermoscopie et à la lumière ultraviolette permet aujourd’hui de détecter des lésions peu visibles sous éclairage classique.

Le Dr Maafi évoque également les progrès de la microbiologie moléculaire. Les techniques de PCR-RFLP permettent désormais d’identifier précisément les espèces de Malassezia impliquées. Ces analyses offrent une meilleure compréhension des différences cliniques observées entre patients et pourraient aider à expliquer certaines récidives ou réponses variables aux traitements antifongiques.

Des récidives fréquentes pendant les fortes chaleurs

Le traitement repose principalement sur des antifongiques locaux, notamment les imidazolés, le kétoconazole ou le ciclopirox. Dans les formes étendues ou récidivantes, un traitement systémique peut être envisagé.

Malgré une prise en charge généralement efficace, les récidives restent fréquentes. La levure responsable faisant naturellement partie du microbiote cutané, certains facteurs favorisant sa prolifération persistent, particulièrement durant les périodes chaudes et humides.

Les spécialistes recommandent également des mesures préventives, notamment l’évitement des produits trop gras sur la peau, une meilleure gestion de la transpiration et une surveillance des lésions pigmentaires inhabituelles, surtout lorsqu’elles persistent malgré les traitements habituels.

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