Carence en vitamine D : le Dr Ghassani alerte sur un « paradoxe sanitaire » au Maroc

Le Maroc bénéficie d’un ensoleillement important durant une grande partie de l’année. Pourtant, la carence en vitamine D reste fréquente dans le pays. Un paradoxe qui intrigue autant les professionnels de santé que le grand public.

En 2026, les nouvelles recommandations internationales invitent d’ailleurs à revoir certaines habitudes médicales, notamment autour du dépistage systématique et des stratégies de supplémentation.

Dans une analyse consacrée à cette problématique, le Dr Hind Ghassani, Pharmacienne biologiste, explique que « le soleil ne suffit plus » à couvrir les besoins d’une partie importante de la population marocaine. Une réalité qui s’explique moins par le climat que par l’évolution des modes de vie.

Un pays ensoleillé, mais une population peu exposée

Pendant longtemps, l’exposition solaire naturelle était considérée comme suffisante au Maroc. Mais l’urbanisation progressive, le travail en intérieur et la réduction du temps passé à l’extérieur ont profondément changé les habitudes quotidiennes.

Aujourd’hui, une grande partie de la population passe l’essentiel de la journée dans des bureaux, des véhicules ou des espaces fermés. Même dans les villes fortement ensoleillées, l’exposition effective aux UVB reste souvent limitée.

Le Dr Ghassani rappelle également que plusieurs facteurs propres au contexte marocain accentuent ce phénomène. Le phototype cutané joue notamment un rôle important. Les peaux mates à foncées nécessitent une exposition plus longue au soleil pour produire la même quantité de vitamine D qu’une peau claire.

À cela s’ajoutent les vêtements couvrants, l’évitement légitime du soleil pendant les fortes chaleurs et l’utilisation croissante d’écrans solaires, qui réduisent la synthèse cutanée de vitamine D.

Les recommandations internationales changent la donne

L’année 2024 a marqué un tournant avec la publication de nouvelles recommandations de l’Endocrine Society. Ces directives appellent à une approche plus ciblée du dépistage.

Le dosage systématique de la vitamine D n’est désormais plus recommandé chez les adultes en bonne santé sans facteur de risque particulier. L’objectif est d’éviter les analyses inutiles et de concentrer les investigations biologiques sur les patients qui peuvent réellement bénéficier d’une prise en charge adaptée.

Cette évolution ne signifie pas pour autant la disparition du suivi biologique. Certains profils nécessitent toujours une surveillance étroite.

C’est notamment le cas des personnes souffrant d’obésité, de troubles de l’absorption digestive, d’ostéoporose ou ayant subi une chirurgie bariatrique. Chez ces patients, les besoins en vitamine D peuvent varier considérablement.

Le Dr Ghassani insiste ainsi sur l’importance d’une approche individualisée. Une légère insuffisance liée au mode de vie ne se gère pas de la même manière qu’un déficit sévère avec conséquences osseuses ou métaboliques.

Vers la fin des fortes doses espacées ?

Les stratégies de supplémentation évoluent elles aussi. Les approches privilégiant des apports réguliers tendent à remplacer les administrations massives espacées dans le temps.

Selon le Dr Ghassani, les supplémentations quotidiennes ou hebdomadaires permettent souvent une meilleure stabilité des taux circulants de vitamine D. Les doses utilisées varient généralement entre 600 et 2.000 UI selon l’âge, le terrain et les besoins du patient.

Pour autant, les spécialistes rappellent que certaines situations cliniques peuvent encore justifier l’utilisation d’ampoules fortement dosées. La prise en charge dépend du profil médical, des antécédents et des résultats biologiques.

Des conséquences qui dépassent la santé osseuse

La vitamine D reste principalement associée à la santé osseuse. Elle joue un rôle essentiel dans l’absorption du calcium et la prévention de l’ostéoporose.

Mais les recherches récentes s’intéressent également à son implication dans l’immunité, la fonction musculaire et certaines maladies chroniques. Les données scientifiques restent toutefois variables selon les indications.

Chez les personnes âgées, les déficits sévères peuvent favoriser la fragilité osseuse et augmenter le risque de chute. Chez l’enfant, une carence importante peut perturber la croissance osseuse.

Quels réflexes adopter au quotidien ?

Pour limiter le risque de déficit, les spécialistes recommandent une exposition solaire raisonnée. Quinze à vingt minutes d’exposition plusieurs fois par semaine peuvent être suffisantes selon le phototype et les zones découvertes.

L’alimentation garde également une place importante. Les poissons gras, notamment la sardine, représentent une source naturelle intéressante de vitamine D. Certains produits enrichis peuvent compléter les apports.

Le Dr Ghassani appelle enfin à éviter l’automédication prolongée sans avis médical. Une supplémentation inadaptée peut exposer à des déséquilibres, notamment chez les personnes présentant certaines pathologies.

Le paradoxe marocain de la vitamine D illustre surtout une transformation profonde des modes de vie. Dans un pays largement ensoleillé, la question n’est plus seulement celle du climat, mais de la manière dont la population vit désormais le rapport au soleil.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner