Cancer : une étude marocaine révèle l’impact des mots sur l’accès aux soins

Une équipe marocaine de chercheurs a publié dans la revue scientifique Supportive Care in Cancer une étude mettant en évidence l’influence du vocabulaire utilisé en oncologie sur l’orientation des patients vers les services d’accompagnement. Les résultats suggèrent que l’expression « soins de support » favorise un recours plus précoce à ces services que le terme « soins palliatifs », souvent associé à la fin de vie.

Coordonnée par le Dr Wadih Rhondali, avec la participation notamment du Pr Amine Souadka, du Pr Hassan Errihani, du Pr Ghizlaine Belbaraka, du Dr Fatma Ben Abid, du Dr Fahd El Abdi, du Dr Yasser Asmai et du Pr Eduardo Bruera du MD Anderson Cancer Center aux États-Unis, cette recherche a été menée sous l’égide de la Moroccan Association of Supportive Care in Cancer (MoASCC).

L’étude a reposé sur une enquête nationale menée auprès de 165 professionnels de l’oncologie au Maroc. Les chercheurs ont évalué les perceptions associées à trois terminologies : « soins de support », « soins de soutien » et « soins palliatifs », ainsi que leur impact sur les décisions d’orientation des patients à différents stades de la maladie.

Les « soins de support » largement préférés

Les résultats montrent que 68 % des professionnels interrogés privilégient l’expression « soins de support », contre seulement 10 % pour « soins palliatifs ». Selon les auteurs, cette dernière demeure fortement associée à la phase terminale de la maladie, ce qui peut générer de l’anxiété chez les patients et leurs proches et retarder l’accès à des services pourtant utiles dès le diagnostic.

L’étude révèle également que la probabilité d’orienter un patient vers ces services varie significativement selon la terminologie utilisée. Au moment du diagnostic initial, 62 % des répondants se disent favorables à une orientation lorsqu’il est question de « soins de support », contre seulement 26 % lorsque le terme « soins palliatifs » est employé.

Une question de vocabulaire aux conséquences concrètes

Pour les auteurs, le choix des mots dépasse largement le cadre sémantique. Il influence directement l’acceptation des soins, le comportement des professionnels et le moment auquel les patients bénéficient d’un accompagnement spécialisé. Les chercheurs estiment qu’une harmonisation de la terminologie pourrait contribuer à réduire certaines inégalités d’accès aux soins en oncologie et à favoriser une intégration plus précoce des soins de support dans les parcours thérapeutiques.

Cette étude apporte également un éclairage sur les spécificités culturelles observées dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où la perception des soins palliatifs reste souvent associée à l’absence de perspectives thérapeutiques. Les auteurs plaident ainsi pour une réflexion plus large sur la communication en cancérologie et son impact sur la qualité de la prise en charge.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner