Une étude récemment publiée dans le World Journal of Clinical Oncology dresse un état des lieux du cancer du sein au Maroc. Signée par le Pr Nabil Ismaili et ses co-auteurs, elle compile deux décennies de données nationales pour éclairer les décisions médicales à venir.
Le travail s’appuie sur des résultats issus de plusieurs centres d’oncologie du Royaume. Il met en évidence un profil distinct. Au Maroc, les patientes sont diagnostiquées plus jeunes, avec un âge médian compris entre 45 et 50 ans. Dans le même temps, plus de 60 % des cas sont identifiés à un stade avancé.
Selon le Pr Nabil Ismaili, ces retards s’expliquent par plusieurs facteurs. Le manque d’information reste déterminant. S’y ajoutent la peur du diagnostic, le recours à la médecine traditionnelle et des difficultés d’accès aux structures spécialisées. Ces éléments retardent l’entrée dans le parcours de soins.
Sur le plan clinique, le carcinome canalaire infiltrant domine. Les formes hormonodépendantes sont majoritaires, avec une répartition proche des standards internationaux. L’étude souligne toutefois la présence de formes agressives, souvent diagnostiquées tardivement.
Un point ressort clairement : la qualité de la prise en charge influence directement le pronostic. Lorsque les patientes accèdent à un traitement complet et coordonné, les résultats progressent nettement. La survie sans récidive à cinq ans atteint environ 80 %, un niveau comparable aux références internationales.
Cette évolution repose sur une meilleure structuration des soins. L’accès à la radiothérapie progresse. Les thérapies ciblées deviennent plus accessibles dans les centres spécialisés. La prise en charge s’organise autour d’approches multidisciplinaires.
Malgré ces avancées, plusieurs limites persistent. Le coût des traitements reste élevé pour de nombreuses patientes. Les dépenses directes continuent de peser, malgré les dispositifs de couverture. L’étude évoque une pression financière importante, qui peut freiner l’accès ou la continuité des soins.
Les disparités territoriales restent marquées. L’accès aux structures spécialisées demeure inégal selon les régions. Le parcours de soins reste parfois fragmenté, avec une coordination insuffisante entre chirurgie, oncologie et radiothérapie.
Le Pr Nabil Ismaili insiste sur la nécessité de transformer ces constats en actions concrètes. Il plaide pour des programmes de dépistage organisés, adaptés aux réalités nationales. Il souligne aussi l’intérêt de dispositifs d’accompagnement pour guider les patientes tout au long de leur prise en charge.
La question du financement apparaît centrale. L’étude recommande de renforcer la protection financière afin de limiter les abandons de traitement. Elle appelle également à intégrer davantage les soins de support, notamment sur les plans psychologique et social.
Au-delà du traitement, la qualité de vie des patientes reste un enjeu important. Les données disponibles montrent des difficultés liées à l’image corporelle, à la santé sexuelle et aux contraintes économiques.
Cette publication synthétise vingt ans de recherche clinique au Maroc. Elle propose une lecture structurée des priorités. Les résultats sont là lorsque les soins sont accessibles et coordonnés. Le défi reste désormais d’élargir cet accès à l’ensemble des patientes.

