Cancer du col de l’utérus : une maladie silencieuse expliquée par le Dr Hajji

Chaque année, le mois de janvier est consacré à la sensibilisation au cancer du col de l’utérus. Cette mobilisation internationale vise à rappeler que cette maladie reste l’un des cancers féminins les plus évitables, à condition d’agir à temps. Pourtant, dans de nombreux pays, dont le Maroc, le sujet demeure encore entouré de tabous, de désinformation et d’idées reçues.

Le cancer du col de l’utérus se développe lentement, souvent sans symptômes visibles pendant plusieurs années. Il est principalement lié à une infection persistante par certains types du papillomavirus humain (HPV), un virus très répandu.

Dans la majorité des cas, l’organisme élimine naturellement le virus. Mais lorsque ce n’est pas le cas, des lésions peuvent apparaître et évoluer silencieusement vers un cancer.

La bonne nouvelle est que ce cancer peut être largement évité. Le dépistage régulier permet de détecter des anomalies bien avant qu’elles ne deviennent graves. La vaccination contre le HPV constitue également un outil de prévention majeur, reconnu par les autorités sanitaires internationales. Pourtant, ces solutions restent encore sous-utilisées, faute d’information claire et accessible.

Santé Mag s’engage à éclairer le public, déconstruire les fausses croyances et replacer la prévention au cœur du débat. Nous avons ainsi échangé avec le Dr Malak Rita Hajji, onco-radiothérapeute au sein du Groupe Oncorad et fondatrice d’OncoVita, afin de mieux comprendre cette maladie, ses mécanismes, et les leviers concrets pour la combattre.

Santé Mag : Qu’est-ce que le cancer du col de l’utérus ?

Dr Hajji : Le cancer du col de l’utérus est une maladie qui se développe lentement à partir des cellules du col, la partie inférieure de l’utérus reliant celui-ci au vagin.

Contrairement à de nombreux cancers, il ne survient pas brutalement. Il est précédé, dans la majorité des cas, de lésions précancéreuses qui peuvent être détectées et traitées avant qu’un cancer ne se développe.

C’est précisément ce caractère progressif qui rend ce cancer largement évitable lorsque le dépistage est réalisé à temps. Le cancer du col n’est pas une fatalité. C’est un cancer que l’on peut anticiper.

Santé Mag : Pourquoi reste-t-il fréquent au Maroc ?

Dr Hajji : Malgré les avancées médicales, le cancer du col de l’utérus reste l’un des cancers gynécologiques les plus fréquents au Maroc. Cette réalité s’explique par une combinaison de facteurs :
– Un recours encore insuffisant au dépistage régulier
– Un manque d’information claire et accessible, notamment en dehors des grandes villes
– Des freins culturels et psychologiques autour des examens gynécologiques
– Une consultation souvent tardive, lorsque les symptômes deviennent gênants

Il ne s’agit donc pas d’un problème médical à proprement parler, mais bien d’un enjeu de prévention, d’éducation et d’accompagnement.

C’est là que l’approche intégrative prend tout son sens : soigner ne suffit pas, il faut aussi expliquer, rassurer et accompagner.

Santé Mag : À quels âges est-il le plus souvent diagnostiqué ?

Dr Hajji : Le cancer du col de l’utérus touche principalement les femmes entre 35 et 55 ans, mais il peut survenir plus tôt ou plus tard.

Ce qui est important de comprendre, c’est que :
– L’infection responsable, le HPV, survient souvent dès les premières années de la vie sexuelle
– Le cancer, lui, apparaît des années plus tard, en l’absence de dépistage ou de suivi

D’où l’importance de ne pas attendre l’apparition de symptômes pour consulter.

Santé Mag : Pourquoi le diagnostic est-il encore trop souvent tardif ?

Dr Hajji : L’un des grands défis du cancer du col de l’utérus est son caractère longtemps silencieux. Aux premiers stades, la maladie ne provoque souvent aucun symptôme, ou des signes discrets, facilement négligés.

Lorsque des symptômes apparaissent, comme des saignements anormaux, des douleurs pelviennes ou un inconfort, la maladie est parfois déjà à un stade avancé.

À cela s’ajoutent :
– La peur du diagnostic
– La banalisation des symptômes
– Le manque de suivi gynécologique régulier

Dans une approche moderne de l’oncologie, il est essentiel de dédramatiser le parcours de soins, afin que les femmes consultent plus tôt et plus sereinement.

Santé Mag : Quels sont les principaux facteurs de risque ?

Dr Hajji : Le principal facteur de risque est l’infection persistante par certains types de papillomavirus humains (HPV), qui sera détaillée dans l’épisode suivant.

D’autres facteurs peuvent augmenter le risque :
– L’absence ou l’irrégularité du dépistage
– Le tabagisme
– Un système immunitaire affaibli
– Des grossesses multiples ou des antécédents gynécologiques

Ces facteurs ne signifient pas qu’un cancer va se développer, mais qu’un suivi adapté est essentiel.
Le risque se gère, il ne se subit pas.

Santé Mag : Quelle est l’importance d’une prise en charge globale dès le diagnostic ?

Dr Hajji : Aujourd’hui, la prise en charge du cancer du col de l’utérus ne se limite plus aux traitements médicaux seuls.

L’expérience montre que l’accompagnement psychologique, éducatif et humain joue un rôle majeur dans l’adhésion aux soins et la qualité de vie des patientes.

C’est dans cette logique que s’inscrit l’oncologie intégrative, telle que portée par OncoVita : une approche qui associe traitements médicaux, soutien psychologique, gestion du stress, information et accompagnement personnalisé.

Parce qu’une femme bien informée, écoutée et soutenue est une femme actrice de sa santé.

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