Autisme au Maroc : un trouble encore trop peu compris

L’autisme, souvent résumé à tort à une simple difficulté de communication, reste largement méconnu au Maroc. Pourtant, il concerne près de 680.000 personnes dans le Royaume, dont 216.000 enfants. Un chiffre qui alerte sur l’ampleur silencieuse du trouble et sur l’urgence d’agir.

Selon l’association Vaincre l’Autisme, environ 12.800 enfants naissent autistes chaque année au Maroc, soit en moyenne 34 par jour. En deux décennies, la prévalence a connu une progression fulgurante : de 1 naissance sur 1.000, elle est passée à 1 sur 100, puis aujourd’hui à 1 sur 50. À Casablanca, une étude pointe un cas sur 100 ; à Rabat, un sur 145.

Cette hausse, corroborée par les tendances observées dans les pays développés, pose la question de la capacité du système de santé marocain à suivre le rythme et, surtout à proposer un accompagnement adapté.

Des familles livrées à elles-mêmes

La prise en charge de l’autisme au Maroc reste très inégale. L’absence de diagnostic précoce, le manque de centres spécialisés en dehors des grandes villes et l’insuffisance de personnel formé compliquent lourdement la vie des familles. Nombre de parents, contraints d’abandonner leur emploi pour s’occuper de leur enfant, subissent de lourdes pertes de revenu.

À cela s’ajoute le poids des frais liés aux thérapies, souvent non remboursées, dans un pays où l’autisme reste encore exclu des politiques de santé publique à grande échelle. Résultat : un coût social et économique sous-estimé.

Les retards de diagnostic aggravent la situation. Plus l’autisme est détecté tard, plus la prise en charge devient complexe et coûteuse. Si les chiffres étrangers donnent une idée de l’ampleur du phénomène, jusqu’à 2,4 millions de dollars sur une vie aux États-Unis, 90 milliards d’euros en Europe, au Maroc, aucune estimation précise n’est encore établie.

Dans le Royaume, les structures psychiatriques sont souvent saturées ou inaccessibles aux familles les plus modestes. Quant à l’école, elle reste encore mal préparée à accueillir les enfants porteurs de troubles du spectre autistique (TSA), faute d’enseignants formés.

L’appel à un véritable plan national

Face à cette réalité, les associations appellent à un plan national structuré autour de trois priorités : diagnostic précoce, formation des professionnels et création de centres spécialisés. Car l’autisme ne peut plus rester une affaire familiale. Il s’agit d’un enjeu de santé publique, social et éducatif.

Reconnaître l’autisme comme une priorité nationale, c’est offrir aux enfants concernés une chance de s’épanouir, et à leurs familles, le droit fondamental à un accompagnement digne.

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