Le 12 mars, Santé Mag a visité le centre de l’Association marocaine des infirmes moteurs cérébraux (AMI) à Casablanca. Dans les salles d’activités, les enfants alternent psychomotricité, orthophonie et apprentissage des langues. D’autres participent à un atelier de cuisine. L’ambiance est studieuse, mais chaleureuse. Ici, chaque enfant avance à son rythme.
Derrière ce projet se trouve une histoire profondément humaine. Celle de Rachid Mekouar et de Loubna Cherif Kanouni, fondateurs de l’AMI. Leur engagement remonte à 2004, année de la naissance de leur fils Simohamed. Sa situation est liée à des complications survenues au moment de sa naissance. Cette épreuve marque durablement la famille. Elle devient aussi le point de départ d’un combat.
Face au manque de structures adaptées au Maroc, les parents décident d’agir. L’idée de créer un lieu capable d’accompagner les enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale et leurs familles prend forme et se développe. L’AMI voit ainsi officiellement le jour en 2008.
Un centre pionnier pour l’accompagnement des enfants IMC
Au fil des années, l’association se structure et se professionnalise. Elle crée un centre pluridisciplinaire d’éveil psychomoteur aujourd’hui certifié ISO 9001. Ce centre constitue une référence dans la prise en charge des enfants atteints d’IMC au Maroc.
Le projet s’appuie sur une organisation solide. L’équipe a mis en place un organigramme clair et des processus formalisés. Chaque enfant dispose d’un planning personnalisé. Les activités et les progrès sont suivis quotidiennement dans un cahier de liaison individuel.
L’infrastructure du centre compte 11 salles de classe entièrement équipées. Le matériel pédagogique et thérapeutique figure parmi les plus spécialisés du pays. Une équipe d’environ 30 professionnels encadre les enfants. Tous ont été formés à l’accompagnement du handicap.
Lors de la première phase de fonctionnement, 54 enfants ont bénéficié d’une prise en charge à temps plein ou à mi-temps. Aujourd’hui, le centre accompagne plus de 180 enfants chaque année grâce à une équipe élargie.
Des partenaires mobilisés autour du projet
Le développement du centre repose aussi sur un réseau de partenaires. La Fondation BMCI et BNP Paribas soutiennent le projet depuis ses débuts. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) a également contribué au financement.
L’AMI a noué plusieurs collaborations académiques et institutionnelles. L’association travaille avec le ministère de l’Éducation nationale pour l’accès aux locaux. Elle développe aussi des échanges avec l’Université libre de Bruxelles.
L’ambassade de Hongrie a, de son côté, soutenu l’acquisition de matériel spécialisé et la formation technique. Des entreprises marocaines ont également contribué à travers des dons ou un soutien financier.
Cette dynamique a conduit à une reconnaissance institutionnelle majeure. L’AMI a récemment obtenu le statut d’utilité publique par le décret n° 2.25.710. Cette décision officielle vient consacrer plus de quinze années d’engagement au service des enfants concernés et de leurs familles.
Loubna Cherif Kanouni, l’énergie d’une mère engagée
Au sein du centre, la présence de Loubna Cherif Kanouni ne passe pas inaperçue. Elle circule entre les salles, échange avec les équipes et s’arrête souvent auprès des enfants.
Son engagement dépasse largement le cadre associatif. Pour elle, les enfants accueillis au centre font partie d’une même famille. Cette relation se ressent dans l’atmosphère du lieu.
Lors de la visite, cette proximité apparaît clairement. Les éducateurs, les thérapeutes et les enfants travaillent dans un environnement où la dimension humaine reste centrale.
Rachid Mekouar : « Les enfants de l’AMI sont aussi mes enfants »
Pour Rachid Mekouar, l’association représente bien plus qu’un projet institutionnel. Au fil des échanges, une phrase revient régulièrement :
« Les enfants de l’AMI sont aussi mes enfants. »
Le fondateur insiste sur la nécessité d’accompagner non seulement les enfants, mais aussi leurs familles. Parmi les nouvelles initiatives figure un partenariat avec une société de location de logements estivaux.
Ce dispositif permettra à certaines familles d’accéder à des vacances. L’AMI prendra en charge 50 % du coût du séjour. Les parents paieront l’autre moitié. Le prix a été fixé à 400 dirhams, dont la moitié sera supportée par l’association.
L’objectif est simple. Permettre aux familles d’enfants atteints d’IMC de souffler quelques jours. « Partir en vacances et se détendre est aussi un droit pour eux », explique Rachid Mekouar.
L’association prépare également la construction d’un terrain de sport multidisciplinaire. Cet espace permettra aux enfants de pratiquer des activités physiques adaptées. Les parents pourront aussi en profiter.
Un engagement qui dépasse la famille
L’engagement de l’AMI se poursuit aussi à travers la nouvelle génération. Aïda Mekouar, fille des fondateurs, fait partie des membres fondateurs de l’association.
Pour elle, le centre représente avant tout une opportunité pour des enfants souvent marginalisés. Elle estime que cette action dépasse largement l’histoire familiale.
Selon elle, la question de l’IMC concerne l’ensemble du Royaume. Les structures adaptées restent encore trop rares. De nombreuses familles se retrouvent isolées face à ces défis.
Dans cette perspective, le modèle développé par l’AMI pourrait être reproduit dans d’autres villes. L’association dispose aujourd’hui d’une expérience et d’un savoir-faire précieux.
Un modèle qui mérite d’être soutenu
Au-delà de la prise en charge thérapeutique, l’AMI défend une vision globale de l’inclusion. L’association accompagne les enfants dans leur développement, leur socialisation et leur autonomie.
Le centre favorise aussi l’insertion socioprofessionnelle. Certains membres de l’administration vivent eux-mêmes avec des limitations physiques. Leur engagement illustre concrètement l’esprit du projet.
Les besoins restent toutefois importants au Maroc. Les structures spécialisées demeurent peu nombreuses. Les familles cherchent souvent des solutions adaptées pour leurs enfants.
Pour les fondateurs, l’enjeu dépasse leur propre centre. L’AMI représente un modèle qui peut inspirer d’autres initiatives dans le pays. Aujourd’hui, l’AMI a un message clair : ces enfants ont leur place dans la société, et leur accompagnement mérite l’attention et le soutien de tous !

