En cette Journée Mondiale d’Alzheimer, le Maroc doit faire face à une réalité préoccupante. La maladie progresse rapidement, touche de plus en plus de familles, et révèle les failles d’un système de santé mal préparé.
En 2024, on recensait environ 200.000 cas au niveau national. En 2025, le chiffre grimpe à 250.000, soit une hausse de 25 % en un an. Ces données, publiées par des spécialistes marocains lors de campagnes de sensibilisation, représentent environ 2 % de la population. Et les projections à dix ou vingt ans sont encore plus inquiétantes. D’ici 2030, le pays pourrait compter 280.000 malades. En 2050, ce nombre dépasserait les 400.000.
Cette évolution s’explique en partie par le vieillissement de la population. Le Maroc compte plus de 4,5 millions de personnes âgées de 60 ans et plus. L’espérance de vie augmente. Mais l’adaptation du système de santé à cette réalité ne suit pas. Les structures manquent. Les familles sont souvent les seules à prendre en charge les malades. Le poids social et économique est immense.
Un manque sur plusieurs niveaux
La maladie reste souvent mal comprise. Elle commence par des pertes de mémoire. Puis viennent les troubles du langage, la confusion, l’agitation et enfin la perte d’autonomie. Pourtant, ces signes sont rarement identifiés à temps. Le diagnostic arrive souvent tard. Parfois, il n’est jamais posé. Beaucoup de patients ne sont jamais suivis par un spécialiste.
Les femmes sont plus touchées. Elles représentent la majorité des cas diagnostiqués. D’un côté, elles vivent plus longtemps. De l’autre, elles sont aussi nombreuses à assurer la charge des soins. Cette double exposition accentue leur vulnérabilité. Elles souffrent souvent en silence, sans reconnaissance ni soutien.
Le Maroc manque cruellement de neurologues et de gériatres. On estime à moins de 300 le nombre de spécialistes capables de prendre en charge des troubles cognitifs. Les hôpitaux publics ne disposent pas d’unités Alzheimer. En dehors des grandes villes, les consultations spécialisées sont quasiment inexistantes. Dans les campagnes, l’accès au soin est un luxe.
Les aidants familiaux assurent la majorité des soins. Ils arrêtent de travailler. Ils sacrifient leur santé et leur stabilité financière. La maladie coûte cher. Les médicaments, les soins à domicile, l’accompagnement psychologique représentent des dépenses lourdes. Aucune indemnité, aucun statut ne leur est reconnu à ce jour. L’épuisement est généralisé.
La nécessité d’avoir une stratégie appropriée
Les experts réclament une stratégie nationale claire. Une cartographie des cas. Des unités spécialisées dans les hôpitaux régionaux. Une meilleure formation des médecins généralistes. Une aide directe pour les familles touchées. Et surtout, la mise en place d’un registre officiel, permettant d’évaluer l’évolution de la maladie au niveau national.
Le Maroc ne peut plus ignorer cette urgence sanitaire. Les chiffres sont là. La souffrance aussi. La maladie d’Alzheimer n’est pas une fatalité. Mais elle exige une réponse organisée, humaine et durable. Le silence politique actuel pèse lourd. Il retarde les soins. Il aggrave les souffrances. Et il met en danger des milliers de vies.

