Le débat autour de l’article 26 du Code du médicament et de la pharmacie continue d’alimenter les discussions au sein du secteur pharmaceutique marocain. Alors que la Confédération des Syndicats des Pharmaciens du Maroc (CSPM) s’inquiète d’une éventuelle modification des règles de distribution des médicaments, plusieurs voix appellent à préserver les équilibres économiques des officines. En parallèle, des tensions sociales au sein du secteur de la distribution viennent accentuer les préoccupations des professionnels.
Dans un communiqué dont Santé Mag dispose d’une copie, la CSPM a exprimé son opposition à toute modification de l’article 26 de la loi n°17.04 portant Code du médicament et de la pharmacie. L’organisation affirme avoir pris connaissance d’informations faisant état d’un projet visant à réserver la distribution en gros des médicaments aux seuls établissements pharmaceutiques grossistes-répartiteurs.
Or, dans sa version actuelle, l’article 26 prévoit que la distribution en gros des médicaments est assurée par les grossistes-répartiteurs, tout en permettant aux établissements pharmaceutiques industriels de distribuer directement leurs produits aux officines et aux réserves de médicaments des cliniques. Les fabricants de gaz médicaux bénéficient également d’un régime spécifique.
Une question d’équilibre économique
Pour la CSPM, la suppression de cette possibilité de distribution directe par les laboratoires risquerait d’affecter les équilibres économiques des pharmacies. La Confédération estime que les officines pourraient perdre une partie de leur marge de manœuvre dans leurs conditions d’approvisionnement.
Cette position a été défendue publiquement par le Dr Mohamed Lahbabi, président de la CSPM, qui considère que la profession doit rester mobilisée sur les dossiers stratégiques touchant son avenir économique. Dans une récente prise de parole, il a notamment rappelé les précédentes mobilisations menées par la Confédération contre certains projets jugés préjudiciables aux pharmaciens, évoquant également le dossier des compléments alimentaires et l’amendement de l’article 30 de la loi 17.04.
Comme nous l’avons expliqué dans un précédent article, le principal point de crispation concerne la possibilité pour les pharmaciens de continuer à acheter directement certains médicaments auprès des laboratoires. Les professionnels opposés à une modification de l’article 26 estiment que cette pratique participe à l’équilibre économique des officines et redoutent qu’un recours exclusif aux grossistes-répartiteurs ne réduise leur marge de manœuvre en matière d’approvisionnement.
À l’inverse, d’autres acteurs du secteur défendent le maintien du rôle central des grossistes-répartiteurs dans le circuit du médicament. Selon les explications fournies à Santé Mag par une source professionnelle bien informée du dossier, ces opérateurs assurent aujourd’hui une fonction logistique essentielle entre les laboratoires et les pharmacies.
Ils permettent notamment aux officines de s’approvisionner auprès d’un interlocuteur unique donnant accès à des médicaments provenant de nombreux fabricants. La même source estime qu’un approvisionnement davantage orienté vers les industriels pourrait soulever des contraintes organisationnelles pour les pharmacies, chaque laboratoire disposant de son propre portefeuille de produits et de ses propres circuits commerciaux.
Les distributeurs également sous tension
Le débat autour de l’article 26 intervient alors que le secteur de la distribution pharmaceutique fait face à plusieurs tensions sociales. Des revendications liées aux conditions de travail et aux droits des salariés ont récemment émergé au sein de certaines entreprises du secteur.
Bien que distincts, ces dossiers mettent en lumière le rôle stratégique des grossistes-répartiteurs dans la chaîne du médicament. Toute réforme touchant à leur périmètre d’activité ou toute perturbation de leur fonctionnement est susceptible d’avoir des répercussions sur l’approvisionnement des officines et, à terme, sur l’accès des patients aux traitements.
Un débat encore loin d’être tranché
À ce stade, les contours exacts des modifications qui pourraient être apportées à l’article 26 n’ont pas été officiellement détaillés. C’est précisément cette absence de visibilité qui alimente les interrogations au sein de la profession.
Pour les pharmaciens opposés à une réforme du dispositif actuel, l’enjeu dépasse la seule question de la distribution. Ils y voient également une problématique liée à la pérennité économique des officines et à la préservation d’un certain équilibre entre laboratoires, grossistes-répartiteurs et pharmacies.
Dans son communiqué, la CSPM appelle à poursuivre le dialogue avec l’ensemble des parties prenantes afin d’aboutir à des solutions équilibrées, conciliant les impératifs de santé publique, la continuité de l’approvisionnement en médicaments et la viabilité économique des différents acteurs de la chaîne pharmaceutique.

