À l’approche de l’Aïd al-Adha, de nombreuses familles marocaines découvrent parfois des « poches d’eau » blanchâtres dans le foie ou les poumons du mouton sacrifié. Souvent banalisées ou mal interprétées, ces anomalies peuvent pourtant révéler la présence d’un kyste hydatique, une maladie parasitaire encore très présente au Maroc.
Dans cette analyse, le Dr Issam Hamrerras, chirurgien spécialiste en chirurgie digestive et expert en santé publique, alerte sur les risques liés à cette infection et rappelle l’importance des mesures de prévention pendant cette période.
Le kyste hydatique, aussi appelé hydatidose ou échinococcose kystique, reste un problème de santé publique dans plusieurs pays méditerranéens, dont le Maroc. Longtemps associée au monde rural, cette maladie touche aujourd’hui aussi les zones urbaines, notamment à cause des contacts entre les chiens, les animaux d’élevage et l’être humain.
Selon le Dr Hamrerras, cette maladie parasitaire continue d’être régulièrement diagnostiquée dans les hôpitaux marocains, avec des atteintes principalement localisées au niveau du foie et des poumons. L’Organisation mondiale de la Santé estime d’ailleurs que plus d’un million de personnes vivent actuellement avec une échinococcose dans le monde.
Comment se transmet le parasite ?
Le responsable de cette maladie est un parasite appelé « Echinococcus granulosus », un petit ténia qui vit dans l’intestin du chien. Le cycle de transmission implique principalement trois acteurs : le chien, le mouton et l’homme.
Les chiens contaminés éliminent des œufs microscopiques dans leurs selles. Ces œufs peuvent ensuite contaminer les pâturages, l’eau, les légumes ou encore les mains. Les moutons et les bovins s’infectent en consommant des aliments souillés. Les parasites migrent ensuite vers leurs organes internes, surtout le foie et les poumons, où se forment les kystes hydatiques.
Le Dr Hamrerras insiste sur un point souvent mal compris : l’homme ne se contamine pas directement en mangeant la viande du mouton. La transmission se fait surtout par ingestion accidentelle des œufs du parasite, après contact avec un chien contaminé ou via une mauvaise hygiène des mains.
Pourquoi le risque augmente pendant l’Aïd ?
Pendant l’Aïd al-Adha, des milliers de moutons sont abattus dans les villes et les campagnes marocaines. Cette période favorise malheureusement la circulation du parasite lorsque certaines règles sanitaires ne sont pas respectées.
Le principal danger apparaît lorsque des abats contaminés sont donnés aux chiens ou jetés dans la nature. En consommant ces organes infectés, les chiens deviennent porteurs du parasite et recommencent à contaminer l’environnement à travers leurs selles.
« Le cycle se perpétue alors : chien, selles contaminées, mouton puis homme », explique le Dr Hamrerras dans son document de sensibilisation.
Ces « poches d’eau » dans les abats doivent alerter
Les kystes hydatiques prennent souvent l’apparence de poches remplies de liquide blanchâtre visibles dans le foie ou les poumons du mouton. Leur découverte inquiète régulièrement les familles pendant l’abattage.
Le Dr Hamrerras recommande de ne jamais percer ces kystes et surtout de ne pas donner les organes atteints aux chiens. Lorsque l’atteinte est importante, les viscères concernés doivent être détruits correctement, soit par enfouissement profond, soit par incinération.
Le spécialiste rappelle également que le kyste hydatique évolue souvent silencieusement chez l’être humain. Pendant plusieurs années, la maladie peut ne provoquer aucun symptôme avant d’être découverte lors d’une échographie ou d’un scanner.
Une prévention simple mais essentielle
Pour le Dr Hamrerras, la prévention reste la meilleure arme contre cette maladie évitable. Il recommande notamment de vermifuger régulièrement les chiens, de maintenir une bonne hygiène lors de l’abattage et d’empêcher les animaux d’approcher les viscères.
Pendant l’Aïd al-Adha, quelques gestes simples peuvent limiter les risques : se laver soigneusement les mains, nettoyer les lieux d’abattage, laver correctement les légumes et éliminer les déchets animaux dans de bonnes conditions.
À travers cette sensibilisation, le Dr Hamrerras rappelle surtout qu’un simple geste, comme donner des abats contaminés à un chien, peut contribuer à entretenir une maladie encore bien présente au Maroc.

