Santé mentale étudiante : après le drame de l’INSEA, une étude relance le débat sur le suicide

Le décès récent d’un étudiant de l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA) à Rabat a profondément marqué la communauté universitaire marocaine. Alors que les circonstances de ce drame continuent de susciter émotion et interrogations, une étude publiée ce mois-ci par des chercheurs de l’Université Abdelmalek Essaâdi met en lumière une réalité souvent reléguée au second plan : la santé mentale des étudiants.

Réalisée auprès de 1.191 étudiants issus de six établissements universitaires de Tétouan, cette recherche, publiée dans la revue scientifique Discover Public Health, révèle que 27 % des participants présentaient un risque suicidaire au moment de l’enquête. Des résultats qui relancent le débat sur l’accompagnement psychologique des jeunes et sur la capacité des institutions à identifier les situations de détresse avant qu’elles ne dégénèrent.

Le décès de l’étudiant de l’INSEA a ravivé les discussions autour de la pression psychologique à laquelle sont confrontés de nombreux jeunes durant leur parcours universitaire. Charge académique, incertitudes liées à l’avenir professionnel, difficultés financières ou isolement social figurent parmi les facteurs régulièrement évoqués par les spécialistes de la santé mentale.

Les auteurs de l’étude rappellent toutefois que le chiffre de 27 % ne signifie pas qu’un étudiant sur quatre envisage de mettre fin à ses jours. La majorité des situations identifiées relevaient d’un risque faible, caractérisé principalement par la présence d’idées suicidaires sans planification ni intention déclarée de passage à l’acte.

Cinq facteurs associés à une augmentation du risque

L’analyse statistique a permis d’identifier plusieurs facteurs indépendants associés à une hausse du risque suicidaire chez les étudiants.

La consommation de cannabis apparaît comme le facteur le plus fortement corrélé. Les étudiants concernés présentaient un risque plus de quatre fois supérieur à celui observé chez les non-consommateurs.

L’étude met également en évidence l’impact des violences subies durant l’enfance. Les antécédents de violences sexuelles ou physiques sont associés à une probabilité plus élevée de développer une souffrance psychologique susceptible d’augmenter le risque suicidaire.

Les chercheurs ont aussi relevé l’influence de l’environnement familial. La présence d’antécédents de troubles psychiques au sein de la famille constitue un facteur supplémentaire de vulnérabilité. Enfin, l’absence de soutien affectif et social apparaît comme un élément aggravant dans plusieurs situations étudiées.

Les universités face au défi de l’accompagnement

Au-delà des chiffres, l’étude pose la question de la prise en charge de la santé mentale au sein des établissements d’enseignement supérieur. Si plusieurs universités ont développé ces dernières années des cellules d’écoute ou des dispositifs d’accompagnement psychologique, leur accessibilité et leur visibilité demeurent variables selon les établissements.

Le sujet reste également marqué par une forte stigmatisation. De nombreux étudiants hésitent encore à consulter un professionnel de santé mentale, par peur du jugement ou faute d’informations sur les ressources disponibles.

Pour les chercheurs, ces résultats plaident en faveur d’une approche plus proactive de la santé mentale étudiante. Ils recommandent notamment le renforcement des campagnes de sensibilisation, la mise en place de mécanismes de dépistage précoce et le développement de services de soutien psychologique facilement accessibles au sein des campus.

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