8 mars : le Dr Hala Harifi, une scientifique engagée contre les risques des polluants environnementaux

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Santé Mag s’intéresse aux parcours de jeunes scientifiques marocaines qui contribuent à faire avancer la recherche en santé. Parmi elles, le Dr Hala Harifi, chercheuse au Laboratoire de Biologie et Santé de la Faculté des Sciences de l’Université Ibn Tofaïl à Kénitra, mène des travaux sur l’impact des métaux lourds sur l’organisme humain.

Spécialiste de toxicologie, physiologie et santé, elle consacre ses recherches aux effets des polluants environnementaux et aux molécules susceptibles de protéger l’organisme contre ces expositions. Ses travaux portent notamment sur les mécanismes de neurotoxicité liés aux métaux lourds et sur les pistes thérapeutiques capables d’en atténuer les effets.

Auteur de plusieurs publications scientifiques indexées et intervenante régulière dans des congrès internationaux, elle appartient à une nouvelle génération de chercheurs engagés dans la compréhension des risques environnementaux pour la santé humaine. En 2024, elle a également représenté le Maroc à la finale internationale du concours francophone « Ma thèse en 180 secondes » à Abidjan.

Dans cet échange avec Santé Mag, le Dr Hala Harifi revient sur son parcours scientifique, ses recherches sur la toxicologie environnementale et la place des femmes dans la recherche scientifique au Maroc.

Santé Mag : Votre parcours vous a menée vers la toxicologie environnementale, un domaine encore peu connu du grand public. Qu’est-ce qui vous a orientée vers l’étude de l’impact des métaux lourds sur la santé humaine ?

Dr Harifi : Mon parcours est assez atypique, car je n’ai pas commencé directement dans la recherche scientifique. J’ai d’abord exercé comme kinésithérapeute, notamment au centre Mohammed V des handicapés, puis en cabinet libéral, où j’ai travaillé avec des patients atteints de troubles moteurs et neurologiques. J’ai également eu l’occasion d’exercer comme kinésithérapeute auprès d’équipes de futsal masculin et de football féminin à Kénitra.

Cette expérience m’a donné une vision très concrète du fonctionnement du corps humain, mais aussi des limites de la prise en charge lorsque l’on ne comprend pas totalement l’origine des maladies. Depuis le début de mon parcours, j’ai toujours été passionnée par la physiologie et par les mécanismes qui régissent l’organisme.

Avec le temps, j’ai pris conscience que de nombreux troubles de santé ne sont pas uniquement liés à des facteurs médicaux ou génétiques, mais aussi à des facteurs environnementaux souvent invisibles, comme l’exposition aux métaux lourds.

Six ans après mon premier baccalauréat, j’ai décidé de reprendre mes études en passant un baccalauréat en sciences mathématiques afin de me réorienter vers la biologie. Malgré des débuts modestes, la détermination m’a permis d’aller jusqu’au doctorat.

Pendant ma thèse, mes travaux portaient d’abord sur la maladie de Parkinson, en lien avec mon expérience auprès de patients atteints de troubles parkinsoniens. La lecture d’un article scientifique marocain sur l’apparition d’un syndrome parkinsonien chez des travailleurs exposés au manganèse dans des mines a été un tournant. J’ai alors compris que certaines maladies neurologiques pouvaient avoir une origine toxique liée à l’environnement.

J’ai ainsi orienté mes recherches vers le syndrome parkinsonien d’origine manganique, puis vers la toxicologie environnementale, avec l’objectif de mieux comprendre l’impact des polluants sur le système nerveux et de développer des approches de prévention.

Santé Mag : Vos travaux portent notamment sur les effets neurotoxiques de certains métaux. Quels sont aujourd’hui les risques les plus préoccupants liés à ces expositions environnementales ?

Dr Harifi : L’un des risques majeurs concerne l’exposition chronique à de faibles doses de métaux lourds présents dans l’environnement, comme le manganèse, le plomb ou le mercure. Contrairement à une intoxication aiguë, ces expositions sont souvent silencieuses et leurs effets apparaissent progressivement.

Les recherches montrent que ces substances peuvent perturber le fonctionnement des neurones, favoriser le stress oxydatif et contribuer au développement de troubles neurologiques, cognitifs ou moteurs.

Chez les enfants, l’organisme est encore plus sensible à ces expositions, ce qui peut avoir des conséquences sur le développement. Il est donc essentiel de mieux comprendre ces mécanismes afin de mettre en place des stratégies de prévention efficaces.

Santé Mag : Votre recherche explore également des molécules capables de protéger l’organisme contre ces effets toxiques. Quelles pistes scientifiques apparaissent aujourd’hui les plus prometteuses ?

Dr Harifi : Dans mes travaux, je m’intéresse à la fois aux effets toxiques des métaux lourds et aux mécanismes de protection face à ces expositions. L’objectif est d’identifier des substances capables de limiter les dommages cellulaires et de renforcer les défenses naturelles de l’organisme.

Plusieurs études montrent que certaines molécules naturelles possèdent des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires capables de réduire le stress oxydatif provoqué par les métaux lourds.

Parmi les pistes prometteuses, nous étudions notamment la mélatonine ainsi que des extraits végétaux comme l’Opuntia ficus indica, la figue de barbarie, une plante très répandue au Maroc et reconnue pour ses propriétés protectrices.

Ces composés pourraient contribuer à protéger le système nerveux contre les agressions environnementales.

Santé Mag : En 2024, vous avez représenté le Maroc à la finale internationale du concours « Ma thèse en 180 secondes ». En quoi cette expérience a-t-elle marqué votre parcours scientifique ?

Dr Harifi : Participer à la finale internationale de « Ma thèse en 180 secondes » a été une expérience très marquante, à la fois sur le plan scientifique et personnel.

Ce concours consiste à présenter plusieurs années de recherche en seulement trois minutes, de manière claire et accessible. C’est un exercice exigeant qui demande de rendre la science compréhensible pour tous.

Représenter le Maroc lors d’un événement international a été une grande fierté. Cette expérience m’a aussi permis de rencontrer des chercheurs de différents pays et d’échanger sur nos travaux.

Elle m’a surtout appris l’importance de partager la recherche scientifique avec le grand public.

Santé Mag : Les enjeux de pollution environnementale et de santé deviennent de plus en plus visibles. Quel rôle la recherche scientifique peut-elle jouer pour mieux comprendre et prévenir ces risques ?

Dr Harifi : La recherche scientifique joue un rôle central pour identifier les risques liés à la pollution et comprendre leurs effets sur la santé.

Beaucoup de substances présentes dans l’environnement n’ont pas d’effet immédiat, mais peuvent provoquer des troubles à long terme. Sans études scientifiques, il serait difficile de mesurer ces impacts.

Les chercheurs ont aussi un rôle important dans la sensibilisation. Ils contribuent à transmettre les connaissances aux professionnels de santé, aux décideurs et au grand public.

Plus la compréhension des mécanismes progresse, plus il devient possible de développer des stratégies de prévention efficaces.

Santé Mag : À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Marocaines qui envisagent une carrière dans la recherche scientifique ?

Dr Harifi : La recherche scientifique est un domaine exigeant mais profondément passionnant. Elle demande de la persévérance, de la patience et beaucoup de travail.

Il ne faut pas penser que certains domaines sont réservés aux hommes. Les femmes ont toute leur place dans la science et leur contribution est essentielle.

Il est aussi important de suivre ce qui nous passionne réellement. La société a besoin de profils différents et de parcours variés.

Même si le départ n’est pas idéal, la détermination et la motivation permettent d’aller très loin. La note du baccalauréat n’est jamais un obstacle définitif.

J’encourage donc les jeunes Marocaines à croire en leurs capacités, à rester curieuses et à poursuivre leurs ambitions. Chaque parcours est unique et c’est cette diversité qui fait progresser la science.

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