8 mars : Dr Kholoud Maafi, une scientifique marocaine au cœur des enjeux de la biologie médicale

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Santé Mag met en lumière des parcours féminins qui contribuent à faire avancer la science et la santé au Maroc. Parmi eux, celui du Dr Kholoud Maafi attire l’attention.

Pharmacienne biologiste à l’Institut Pasteur du Maroc et membre de la Société Marocaine de Pharmacologie et des Thérapeutiques (SMPT), elle évolue dans un domaine scientifique à la fois exigeant et stratégique pour la santé publique.

Formée au CHU Ibn Sina et à l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V de Rabat, elle appartient à une nouvelle génération de professionnelles engagées dans la recherche, le diagnostic biologique et l’amélioration des pratiques thérapeutiques.

Santé Mag : À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, votre parcours attire l’attention. Comment une jeune pharmacienne biologiste trouve-t-elle sa place dans un domaine scientifique encore très exigeant et compétitif ?

Dr Maafi : Trouver sa place dans un domaine scientifique exigeant demande avant tout de la passion, de la persévérance et une curiosité intellectuelle constante. La biologie médicale est un univers où l’on apprend chaque jour, où la rigueur scientifique se conjugue naturellement avec l’humilité face à la complexité de l’être humain.

Pour moi, en tant que jeune pharmacienne biologiste, il ne s’agit pas seulement d’acquérir des connaissances, mais de s’engager dans un processus d’apprentissage continu et d’exigence professionnelle. Les défis sont réels, mais ils représentent aussi des opportunités de progresser et de contribuer concrètement à la santé des patients marocains.

Je pense également que les femmes scientifiques apportent une dimension profondément humaine à la médecine, où la précision scientifique s’accompagne d’écoute, de responsabilité et d’un engagement sincère envers la société marocaine.

Santé Mag : Vous exercez aujourd’hui à l’Institut Pasteur du Maroc, une institution clé pour la santé publique. Quel rôle joue la biologie médicale dans la surveillance et la prévention des risques sanitaires ?

Dr Maafi : La biologie médicale constitue l’un des piliers essentiels de la santé publique. Elle permet d’établir des diagnostics précis, mais aussi de surveiller l’évolution des agents infectieux, d’identifier les menaces émergentes et d’accompagner le suivi thérapeutique des patients.

À travers les analyses biologiques, elle fournit des données indispensables pour orienter la prise en charge médicale et les stratégies de prévention.

Au sein de l’Institut Pasteur du Maroc, la biologie médicale représente l’un des grands pôles de l’institution, aux côtés de la vaccination et de la recherche scientifique. Ce pôle regroupe onze laboratoires spécialisés couvrant différents domaines du diagnostic biologique.

Certains de ces laboratoires sont reconnus à l’échelle nationale et participent aux programmes du Ministère de la Santé et de la Protection sociale. Trois laboratoires, notamment en séquençage génétique, en tuberculose et en virologie, sont également reconnus par les Africa Centres for Disease Control and Prevention comme laboratoires de référence à l’échelle continentale.

Ces structures contribuent activement à la veille sanitaire, à la détection précoce des infections et à la production de données scientifiques essentielles à la santé publique.

Derrière chaque analyse se trouve une information précieuse capable d’orienter une décision médicale, une stratégie thérapeutique ou même une politique de santé. C’est un travail souvent discret, mais absolument crucial pour protéger la santé publique.

Santé Mag : Votre discipline reste souvent peu visible du grand public. Pourtant, les biologistes médicaux sont au cœur du diagnostic. Comment expliquez-vous l’importance de ce métier dans le système de santé ?

Dr Maafi : On dit souvent qu’une grande partie des décisions médicales repose sur les résultats biologiques. Cela fait du biologiste médical un acteur clé du parcours de soins.

Notre rôle ne consiste pas uniquement à produire des résultats d’analyses. Nous devons aussi interpréter les données biologiques, en garantir la fiabilité et accompagner les cliniciens dans leur compréhension.

Derrière chaque diagnostic confirmé, chaque traitement ajusté ou chaque pathologie détectée précocement, il y a souvent le travail rigoureux des équipes de biologie médicale.

C’est un métier de précision et de responsabilité, où chaque analyse peut contribuer à orienter une décision médicale et parfois à transformer la prise en charge d’un patient.

Santé Mag : Vous avez également été formée au CHU Ibn Sina et à l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V de Rabat. En quoi ces expériences ont-elles façonné votre approche de la biologie médicale ?

Dr Maafi : Ces expériences ont été particulièrement formatrices dans mon parcours. Au sein du CHU Ibn Sina et de l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V, j’ai évolué dans des environnements cliniques très exigeants, au plus près de la réalité hospitalière et des besoins des patients.

J’ai également eu la chance d’être formée et encadrée par des professeurs et des biologistes de grande compétence, dont l’exigence scientifique et la rigueur ont profondément marqué ma formation.

Ces expériences m’ont permis de comprendre que la biologie médicale n’est pas seulement une discipline de laboratoire, mais un véritable outil d’aide au diagnostic et à la prise en charge thérapeutique.

Elles m’ont aussi appris l’importance de la réactivité, de la précision et du travail en équipe. La collaboration entre biologistes, cliniciens et pharmaciens est essentielle pour garantir des diagnostics fiables et améliorer la qualité des soins.

Santé Mag : En tant que membre de la Société Marocaine de Pharmacologie et des Thérapeutiques, observez-vous une évolution de la place des femmes dans les sciences de la santé au Maroc ?

Dr Maafi : Oui, clairement. Aujourd’hui, on observe une présence croissante et particulièrement dynamique des femmes dans les sciences de la santé au Maroc.

De nombreuses jeunes femmes s’orientent vers la recherche, la biologie médicale, la pharmacologie ou la médecine spécialisée. Elles apportent une véritable énergie scientifique et un regard nouveau.

Cette évolution est très encourageante. Les femmes ne sont plus seulement présentes dans ces domaines, elles y jouent aussi un rôle actif dans l’innovation, le leadership et l’engagement scientifique.

Au sein de la Société Marocaine de Pharmacologie et des Thérapeutiques, cette dynamique est particulièrement visible. La société est dirigée par une présidente marocaine reconnue en pharmacologie et plusieurs membres du bureau sont également des femmes engagées dans la recherche et l’enseignement.

Cela reflète une évolution positive vers une représentation plus équilibrée et souligne la contribution essentielle des femmes au développement des sciences de la santé au Maroc.

Santé Mag : Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Marocaines qui envisagent une carrière scientifique, notamment dans des disciplines pointues comme la pharmacologie ou la biologie médicale ?

Dr Maafi : Je leur dirais avant tout de croire en leur potentiel et de ne jamais sous-estimer leur capacité à réussir dans les sciences.

Les disciplines scientifiques peuvent sembler exigeantes, mais elles sont aussi passionnantes. Elles offrent la possibilité de comprendre le monde, d’innover et d’avoir un impact réel sur la santé et la vie des autres.

La science a besoin de talents, de diversité et de nouvelles perspectives. Les jeunes Marocaines ont toute leur place dans ces domaines.

Avec de la curiosité, de la persévérance et beaucoup de travail, elles peuvent non seulement y réussir, mais aussi contribuer à faire progresser la recherche et la santé publique dans notre pays.

Je leur dirais également que l’engagement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, en faveur de la jeunesse et de l’épanouissement des femmes est régulièrement mis en avant dans les orientations nationales. Cet encouragement constitue un véritable moteur pour la jeunesse marocaine, qui se sent soutenue pour croire en ses capacités et contribuer au développement du pays.

Chaque parcours scientifique commence souvent par une simple passion pour apprendre et comprendre. Lorsque cette passion est entretenue avec détermination, elle peut devenir une véritable contribution au progrès de la société.

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